Tentacule

L’eau coule sur l’amoncellement de vaisselle. Il y a tellement de bols, d’assiettes et de couverts sales qu’il ne sait pas par quoi commencer. Dans un soupir, il saisit l’éponge racornie (elle n’a pas servi depuis deux semaines) et la plonge dans l’eau mousseuse. Il attrape la première chose qu’il rencontre. Une cuillère en bois pleine de sauce tomate. Mais lorsqu’il essaye de la remonter à la surface, il sent une résistance.

Une résistance visqueuse, pleine de ventouses. Là, au milieu de la vaisselle sale, il voit surgir un tentacule. Un ou une, il n’a jamais su si c’était masculin ou féminin. Trop surpris pour avoir peur, il empoigne la liane gluante et tire d’un coup sec. Il n’a pas de prise, pas d’arme digne de ce nom, le doute montre son ombre. Des bruits granuleux s’échappent du siphon et d’autres tentacules grandissent. Ils s’agitent à la recherche de la proie vivante qui les a réveillé. S’il ne réagit pas, il va voir débouler le calamar entier sur le sol de la cuisine.

Pas un instant à perdre. Il ouvre fébrilement le placard le plus proche et attrape une bombe anti-moustique. Il prend le briquet resté près du gaz. Pas le temps de se laisser hypnotiser par la danse collante. Il appuie sur la bombe et allume le briquet avec un cri enragé telle Ripley lorsqu’elle cuit les Aliens au lance-flammes.

Les tentacules en feu se racornissent comme du papier incandescent. L’odeur pestilentielle lui donne des hoquets. Il contemple sa cuisine dévastée. Lui qui voulait juste faire la vaisselle pour retrouver un intérieur harmonieux. Dans le chaos des assiettes sales et des tentacules brûlés, la motivation l’abandonne. Il verra demain, si sa volonté est réactivée.

(13/09/2020)

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