Une prison pour une autre

Si on m’avait dit un jour que prendre le métro pour aller au travail deviendrait une liberté à négocier, j’aurais sûrement trouvé ça ridicule. Pourtant, aujourd’hui, avec ma petite attestation pour échapper au télétravail quelques jours par semaine, j’ai l’impression d’être la reine du monde. Le métro quasi-vide, le chuintement des portes, les claquements et les grincements qui bercent. En fait, ça m’avait manqué.

Je ne sais pas quoi en penser. Quitter sa prison pour une autre, ça fait quand même voyager. Mais ça a un côté triste, un peu pathétique, de se raccrocher à ça. Même les rêves et les aspirations ont intégré les restrictions. Je ne prévois pas de voyage, pas de grandes fêtes, pas d’évasion au-delà de mon kilomètre. Je parle du monde d’avant, j’ai l’impression d’avoir cent ans, d’avoir basculé dans un truc que je ne maîtrise pas. Je me rends compte que j’ai horreur du flou, que je ne sais pas m’ennuyer, et que perdre le contrôle m’affecte plus que le covid.

Au moins, quand je l’avais, j’étais confinée légitime, je culpabilisais beaucoup moins de ne rien faire. Ni goût, ni odorat, tout était fade mais tellement en phase avec l’époque. retrouver le goût et les odeurs c’était retrouver un peu de joie. Je sniffais tout comme une junkie pour estimer le pourcentage d’odorat restauré. J’essayais de trouver ça génial, les fameux plaisirs simples, la vie dépouillée, le retour à l’essentiel.

Mais l’essentiel est subjectif ces temps-ci. Ça devient ridicule. Est-ce qu’ils vont nous libérer pour Noël ? Nous donner le droit de nous ruer sur les choses futiles ? Les livres, les films, les jeux ? Ou est-ce qu’on sera déjà passés à autre chose ? La survie ce n’est pas que la nourriture, sauf si on veut faire de nous des morts-vivants.

Sur le trajet entre chez moi et le travail, je lis. 45 minutes de métro. 45 minutes de pages tournées. 45 minutes de mouvements. Une petite révolution de papier, si nécessaire.

(15/11/2020)

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