Bleu comme V.

V. essaie de dormir entre les murs bleus de son cocon.

V. s’est réfugié dans cet espace réduit ; le lit et une chaise limitent l’accès à son territoire. Le mal n’entrera pas.

Les rêves de V. agitent ses nuits comme la houle démonte la mer.

Le bleu des murs pénètre sa tête, perce son âme.

Les jours passent, le bleu des nuits devient le bleu de l’aurore. Devant ses yeux s’affichent, puis s’animent, les fantômes qui lui tiennent compagnie.

Les tantes Brigitte et Birgit, la droitière et la gauchère, qui le supplient de leur tirer le portrait. Mais pas une caricature, hein, Van !. V. a horreur qu’elles l’appellent Van. Le sobriquet est venu spontanément. Tu t’es fait beau comme un camion, mon petit Van. Elles se sont bidonnées, il a ravalé sa rage. Il ferme les yeux très fort, et les harpies s’évanouissent.

V. se voit nager au milieu d’un lac scintillant sous la lune bleue. Pourquoi ce songe ? V. a si peur de l’eau. C’est un poison, dit-il. Les ivrognes du village ne diraient pas le contraire. Il ne les connaîtra jamais, enfermé à double tour dans son antre bleue.

Bleu comme le vide de la banquise où il s’imagine perdu. Il avait trouvé la borne blanche à l’entrée du massif verdoyant. Le sentier balisé avait guidé ses pas.

Les yeux doux d’un touareg enrubanné de bleu semblaient approuver son parcours.

A la nuit tombante, un camp de femmes à demi-nues, voire entreprenantes, l’avait figé tel une statue de pierre rouge. Une des Tahitiennes confie un secret à une vieille fermée, et méfiante, qui ne veut rien entendre.

V. se cache, contourne l’assemblée, et poursuit sa route. Le sable d’or se fait glace. Si elle cède, il mourra. N’est-ce pas ce qu’il (qui l’) attend ?

V. ouvre les yeux. Le ciel est bleu, les murs sont bleus. Il est vivant.

Ce contenu a été publié dans Musée-Ecriture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.