Iles – 4 décembre 2019

Les yeux dans les yeux, ils se regardent. Leurs iris se dévisagent. Bouches entrouvertes, ils se sourient. Dans le silence qui les rassemble, leurs émotions passent, s’échangent, se mêlent. Tout se dit sans rien dire, sans mots.

Ils viennent de terminer une longue marche à travers l’île des Tartarins, 180 kilomètres en diagonale. Ils ont gravi la montagne pelée puis redescendu. Ils ont traversé la plaine des riens, contourné les cratères du monstre. A la presqu’île de la nageoire, ils se sont perdus, ils ont tourné en rond, puis sont revenus en arrière. Ils ont toujours gardé le sourire, contre les douleurs, contre la faim, contre la soif. Ils sont restés unis dans la marche, tendus vers leur objectif. Ils se sont juste dit « ainsi va la vie ».

Après soixante heures, 3 jours, 2 nuits, ils ont atteint le château des Tartarins à l’autre bout de l’île. Ils sont arrivés souffrant, affamé, mais flambant neuf, flambant vieux.

Ils sont là, face à face dans la cours déserte du château. Ils se regardent et leurs yeux parlent en silence. Le bruit de la mer calme pas loin rythme leur échange. L’odeur des embruns fait frémir leurs narines.

Et puis chacun fait un pas et leurs corps se rencontrent. Leurs bras doucement s’élèvent pour venir lentement étreindre leur poitrine. Ils se serrent l’un contre l’autre, prenant chaleur, battements de cœur et souffles aux oreilles. Leurs yeux coulent de joie, de délivrance, d’amour mêlé de tendresse. Ils ont marché longtemps pour se retrouver, pour se trouver, pour continuer, « ainsi va la vie ».

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