Ici n’existe plus

Je me réveille, je sais que je me réveille, mais combien de temps ai-je dormi ? Je ne sais pas, et je ne sais pas non plus où je suis.

Le ciel est bleu, je me sens remplie de joie à l’idée d’être là, mais là c’est où ?

Je me redresse un peu, devant moi une pyramide de plexiglass, la mer, au loin et les palmiers.

Et puis des galets gris sur un mur de béton, un grand frisson me parcourt le dos jusque dans le crâne, non ! c’est pas vrai, j’y suis ? c’est pas un rêve ? Les alignements de galets doux où se piège la lumière, là en dessous à travers la pyramide de plexiglass j’entrevoie l’atelier, il y a encore des bouts de terre glaise sur le sol et des tabourets couverts de peinture, magnifiques palettes de générations

d’apprentis artistes.

Je suis dans mon école à Nice, aux Arts Décoratifs, 34 ans plus tard.

Je me lève ça doit être dimanche, il n’y a personne, je passe l’entrée, l’immense escalier qui descend doucement, tout monte et descend dans cette école, elle est bâtie à flanc de colline, elle ressemble à un vaste vaisseau de pierre et de bêton, la lumière vient de toute part, et la traverse en lignes dorées.

La lumière s’envole dans l’obscurité, l’obscurité noie mes yeux que je ferme avec délice, ici le petit escalier pour l’atelier des céramistes, là une trouée sur le bassin des poissons rouges, l’atelier des premières année, mal rangé, qui sent la peinture et l’essence de térébenthine. L’ombre du cyprès sur le sol grenu, pas un bruit, même l’air retient son souffle, je n’entends que les battements de mon cœur qui cogne si fort qu’il va sortir de ma poitrine, l’atelier de scénographie, et sa petite scène équipée comme un vrai théâtre.

Il n’y a toujours personne, c’est comme ça dans les souvenirs les fantômes sont plein de tact ils ont peur de déranger.

Je marche au ralentit comme dans un film de Jean Cocteau, je suis dans le pays du souvenir, j’ai traversé le miroir et je marche sous le soleil implacable de midi, il n’y a personne pour se souvenir avec moi, ni pour me dire tout bas à l’oreille : « Il n’y a personne par ce qu’Ici n’existe plus, Ici s’est évanoui dans le ciel des rêves

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