L’escalier dérobé

L’escalier dérobé m’intriguait, j’avais aperçu quelques perruches y pénétrer et ne pas en revenir. Où allaient-elles ? Que se passait-il là-haut ?

Ma mère, agenouillée, récitait ses prières à la Vierge en égrenant son chapelet d’ambre. Elle avait oublié qu’elle était mère d’une gamine impertinente et dissipée. Sa vigilance s’évanouissait dès qu’elle pénétrait dans la cathédrale, elle entrait en quasi-transe et pouvait rester des heures à réciter ses psaumes, les yeux dans le vague, un sourire extatique sur sa figure.

Seul moment, où j’apercevais une lumière sur son visage d’une tristesse sans fond en temps ordinaire. Prier la revigorer ou tout simplement être dans ce lieu majestueux, d’une beauté vertigineuse. Peut-être qu’elle relativisait dans cette église, sa vie difficile de mère célibataire. Je ne sais et ne cherchais pas à comprendre le deuxième visage de ma mère. Elle réservait à Dieu ses sourires.

Petite je m’en offusquais, puis je pris le parti de m’en moquer et de profiter de ces moments de liberté. Ma mère ne me surveillait pas. Elle était ailleurs.

C’est ainsi que ce dimanche après-midi d’été, je m’éclipsais dans cet escalier près de la chapelle Saint Edouard. Je voulais connaître le secret des perruches. Ces dizaines d’oiseaux verts et bleus qui disparaissaient dans ce lieu. Où allaient-ils se blottir ? Quel était leur secret ? Le cœur battant, je grimpais les marches quatre à quatre. Plus je montais, plus je craignais ce que j’allais découvrir et plus mon excitation augmentait. Par vague, je songeais à l’inquiétude de ma mère, en se relavant de sa contemplation. Elle blêmirait en n’apercevant pas sa fille adorée,  assise tranquillement à ses côtés. Ces temps à côté d’elle, sans parler, sans bouger, me pesait, j’aimais tellement courir dans les prés, les cheveux au vent.

Aussi je chassais de mon esprit, ces remords et poursuivis mon ascension, seule. De temps à autre dans cet escalier aux marches usées, j’apercevais une aile bleue ou verte. J’étais sur le bon chemin. A un moment, j’entendis une mélodie. Était-ce les perruches ? Enfin, j’atteignis un palier accédant sur une pièce étroite avec une immense volière pleine de perroquets et d’oiseaux multicolores. Une femme âgée assise dans un fauteuil à bascule, s’y prélassait. Des dizaines d’oiseaux l’entouraient. La reine des oiseaux vivait là. Ebahie, éblouie, je lui souris, elle me rendit mon sourire. Je m’assis à ses pieds, des perruches vinrent se poser sur mes épaules.

A propos Catherine Z

J'écris depuis mon adolescence...comme beaucoup j'ai tenu un journal intime puis j'ai écrit des poèmes puis des textes et quelques petites nouvelles. J'adore lire depuis que je sais lire . Les livres furent mes premiers amis .
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