Nos étés à Menton

Tu es sorti de la douche et, tout mouillé, tu es apparu sur la terrasse. Il faisait chaud, j’ai saisi mon appareil photo et clac, j’ai photographié tes empreintes sur le sol. On passait nos vacances à Menton à l’époque. A cause des citrons. Pour moi, Menton c’était le jaune des citrons et le bleu de la mer. Des vacances jaune et bleu. La gaité. La vie pleine de soleil qui entre par tous les pores de la peau. On revenait brunis, souriants. On avait passé de bonnes vacances. On était tout gorgés de Sud, de sable, de sorbets qu’on achetait au camion en arrivant sur la plage après la sieste. Le bain de mer rinçait les coulées de melon sur tes joues sucrées.
On ne regardait pas la montre. Le jour s’étirait, les plagistes pliaient bagages et nous, on restait encore, face à la mer de plus en plus plate, dans le ciel qui rosissait légèrement. Encore un bain pour nager dans la tiédeur et le calme. Tu cherchais des coquillages et après on passait un petit moment à chercher où les cacher pour qu’ils restent là la nuit et qu’on les retrouve le lendemain. Avec les épines de pin on dessinait de grandes rosaces qu’on piquait de pommes de pin qui avaient roulé depuis la pinède. Et on remontait par le petit escalier qui longeait les friches, en retrait du village, tes sandales aux pieds pour ne pas te faire mal. Ça prenait du temps cette remontée parce qu’un rien te faisait t’arrêter pour regarder, gratter, ramasser. La fraîcheur s’annonçait, mais il faudrait attendre la tombée de la nuit, et vers les 23h, l’air devenait tout à fait respirable.
Tu étais couché et nous, on restait sur la terrasse, écoutant les insectes de la nuit, guettant les étoiles filantes et observant la lune croître et décroître. Je sais que tu ne t’en souviens pas, tu étais si petit. Mais parfois, dans ton regard, je retrouve notre candeur de ces étés à Menton.

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2 réponses à Nos étés à Menton

  1. Emmanuelle P dit :

    Emportée par ce texte, le temps ralentit autour de moi. Merci Cécile.

  2. Cécile C dit :

    Merci Emmanuelle. Moi aussi en l’écrivant, j’y étais, dans ce Menton que je ne connais pas !

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