Un duo comique sur le déclin

Je marchais sur mon ombre fraîche dans la lumière bleue des néons de Broadway. Je pensais à l’opticien qui m’avait tenu la jambe pendant des plombes sur les soi-disant méfaits de ces ondes lumineuses. Il serait sans doute horrifié de me voir enveloppé de la tête aux pieds dans le halot des enseignes géantes. Faudra-t-il prévoir un rapatriement sanitaire d’urgence ? Pour mes yeux, je ne savais pas trop, c’était surtout au niveau du cœur que je sentais la douleur. La musique assourdissante des diverses boîtes de nuit dans lesquelles je m’étais glissé tout au long de la nuit n’avait pas rempli le silence qu’elle m’avait opposé.

La veille, dans son bel appartement un peu défraichi de Greenwich village, j’avais commencé par scruter le mur de cartes postales qui égaillait l’entrée. Aucune de nos destinations communes n’y figurait. Je me suis tout de suite dit que ce n’était pas de bon augure. Je n’espérais pas retrouver ce mémorable cliché où je dégustais un yaourt grec dans la lumière, bleue elle aussi, de la porte du frigo restée ouverte pour cause de canicule persistante dans le 11e arrondissement de Paris. Mais je constatais avec amertume l’absence cruelle de la reproduction de la villa « je ne sais plus quoi » (cela m’énervait de ne plus me souvenir de ce nom) dans les jardins de laquelle nous avions tant ri, tellement le vacarme des cigales nous semblait délirant.

Et tandis qu’elle m’ignorait royalement en refusant de mettre un terme à son appel Skype dans la pièce d’à côté, j’eu le sentiment désagréable de former, moi et mon amour, un duo comique sur le déclin.

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