Une vague idée

Une vague idée pour écrire, pour s’exprimer. Une très vague idée pour se laisser porter par le va-et-vient de l’océan, pour tendre l’oreille et s’émerveiller du crépitement de l’écume. Un pas mal assuré, des zigzags entre les gens, les valises pour passer la sécurité, montrer son passeport, sourire au douanier, seul maître à cet instant précis de notre embarquement à bord.
Le vague à l’âme s’enfonce toujours plus profond, donne la nausée. S’envoyer en l’air, ne pas prendre l’eau, plus jamais, pour s’en sortir. Regarder des photos d’avant, de maintenant, pour connaître ce qui pourrait être : L’image du beffroi un jour d’été puisque le ciel est bleu, zoom sur des briques rouges sur lesquelles sont gravées des initiales avec un cœur. Qui étaient ces amoureux d’un autre temps ?
Une vague idée, un doux souvenir, la mémoire ne devrait pas s’effacer ainsi, ça devrait être interdit. Garder au moins en soi nos paradis perdus, nos joies actuelles, nos rêves à concrétiser.
Bercés par les flots, le flot des gens, le flot des mots, le flot des ondes, assis sur une barque au milieu d’un étang, regarder les canards en file indienne, du plus grand au plus petit. Voir que le tout dernier fait beaucoup plus d’effort pour rattraper les siens. Il y met de l’entrain.
Comment garder toujours cet entrain ? Laisser partir les canards au loin. Revenir à quai, s’asseoir sur une chaise en métal à cause du mal de mer. Le vague à l’âme, la nausée sont revenus à peine mis le pied à terre.
Marcher, encore marcher pour bien se sentir ancrés, retrouver ses racines, ses énormes racines : les ancêtres, le poids du passé, l’instant présent, comprendre qu’on est là, ici et maintenant. Une vague idée, avoir toujours une vague idée de soi, d’autour de soi.
Tout est flou, se perdre dans la brume, surplomber la falaise, avoir peur de tomber, hésiter à avancer d’un pas de trop.
Une vague idée émerge un peu plus clair cette fois. Sortir de la torpeur. Répondre à l’écho de notre peur. Lui donner du fil à retordre. S’aventurer dans les bois, la nuit, ramasser des glands. Se laisser balloter. Avoir toujours cette vague idée qui nous tient. Comment la clarifier, comment aller plus loin, plus haut ? Commencer par la laisser sur le bas-côté, continuer sans y prêter la moindre attention, l’abandonner.
Si cette idée est vague, qu’elle ne permet pas de s’exprimer clairement, elle ne peut pas éclore, pas en l’état. L’idée vague laisse en suspens. C’est un début d’histoire, un début de rien. Elle est vague, elle est tempête dans la tête, elle bouscule constamment, elle revient à la charge pour trouver une voie plus nette.
Il faudrait qu’elle prenne du relief ou qu’elle se taise à jamais. Cette vague idée cogne dans le crâne, elle n’est pas toujours la même, elle change, se transforme, évolue. Elle fait des allées et venues avec d’autres pensées.
Elle tente de s’imposer. Quand elle y parvient, il faudrait pouvoir s’accrocher aux branches pour ne pas sombrer. Elle poursuit sur le quai, au bout du quai, au-delà du quai. Prendre le train, loin, très loin pour rêver d’un ailleurs sans idées vagues, atteindre ses paradis interdits.

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