Aveu

J’ai un aveu à vous faire. Rien de dramatique. Rien de grave. Rien de criminel : j’ai pris mon jardin secret en photo. En arrière-plan, il y a un château, un beau château avec de larges pierres blanches, solides. Il y fait chaud à l’intérieur, il y a une cheminée pleine de bûches qui entretiennent le foyer.
Les bûches viennent du radeau qui s’est échoué sur la rive l’hiver dernier. D’où venait-il ce radeau ? Transportait-il quelqu’un, quelque chose ? Nous avons cherché des jours durant des traces sur les rondins de bois, les cordages, un ou plusieurs indices qui pourraient prouver que ce radeau n’était pas venu seul. Vraiment nous avons mis tout notre cœur à l’ouvrage.
Les jours sont passés et nous avons donné une autre vie à ce radeau. Cet hiver, le radeau fait la fierté de notre cheminée. Et quand le feu crépite, on entend des voix s’élever. Qui sont-elles ?
Sur la photo de mon jardin secret, on ne voit pas tout le mouvement, l’agitation. On ne sent pas l’odeur de l’herbe mouillée, des cendres dans la cheminée. On n’entend pas le clapotis de la rivière qui cogne les rochers. On n’entend pas non plus les voix des esprits qui ont voyagé sur le radeau.
J’ai pris cette photo pour la coller à mon cœur. Pour que toujours je me rappelle que je peux aller là-bas, n’importe quand. Je pose ma main sur mon cœur pour la garder précieusement.

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