Dalida et moi

J’aimais beaucoup aller marcher sur le haut de Montmartre, lorsque le soleil commençait sa descente. A l’automne, le dimanche après-midi, les rues vidaient quelque peu. Je montais la rue Lamarck, puis après quelques escalier, j’arrivais jusqu’à la place Dalida. Elle m’attendait là, fière, regardant droit devant elle, le buste brillant des multiples caresses sur ses seins. Il y avait donc des malotrus qui venaient jusqu’ici pour mettre leurs mains sur les seins en bronze de Dalida. Qui étaient-ils ? Je n’en croisais jamais durant mes promenades, pourtant ils devaient bien y en avoir plus d’un pour lui polir les seins. Pourquoi donc vouloir mettre la main sur ses seins métalliques ? Est-ce que c’était le signe d’une perversité nécrophile ou bien le souvenir érotique des déhanchés sensuels de la chanteuse ? Je n’en savais rien, mais je m’asseyais sur le banc à côté du buste. Je prenais le soleil, après tout, j’étais venue là pour ça, me reposer quelques minutes, oublier la mort précoce de la Dalida, tragique, la sauvagerie et s’accrocher à la vie, s’accrocher encore, résister aux abysses qui m’appelait. Quand j’allais nager, à la piscine de porte de Clignancourt, parfois j’imaginais qu’il n’y avait pas de fond, j’avais l’impression qu’elle était noire et lugubre. J’avais peur d’enfoncer mes jambes et mes bras. Une angoisse montait en moi, comme lorsque je nageais dans la mer, je ne savais pas si Dalida aimait nager dans la mer, elle, l’égyptienne. La mer, c’est ma terreur. Dans la piscine, avec mon maillot une pièce, quand l’effroi me prenait, j’étouffais au milieu du bassin. Je regagnais péniblement le bout et je m’accrochais au bord. Je fermais les yeux, j’attendais que mes larmes refluent, que le clapotis ralentisse, que mon cœur se calme, que ma peur s’affaisse. Je me suis levée du banc, j’ai dit au revoir à Dalida et je suis repartie par le petit passage vers la rue Caulaincourt.

A propos Julien V

Dans l'écriture, il y a une échappatoire à la réalité. Passionné de nouvelles, lecteur de nouvelles du monde entier, j'aime écrire les quotidiens, les petits détails, les fêlures des personnages. Vous retrouverez des nouvelles gagnantes de concours, publiées dans des revues ou coup de coeur sur mon blog d'écriture : www.herissontapageur.net Vous pouvez bientôt retrouver une de mes nouvelles  intitulé "Emma" dans la revue "L'allume feu" qui  paraîtra au mois de juin.
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