Home sweet home

Sur le pallier, elle pose sa valise cabine. Elle se sent encore en décalage. Elle glisse la clef dans la serrure et essaie d’ouvrir doucement, tout doucement. Elle ne sait plus l’heure qu’il est mais il fait nuit. Elle pense donc qu’il est tard, très tard.
Elle va se servir un verre d’eau. Elle avale sa mélatonine avec.
Sur le calendrier collé au frigo, une date est entourée au feutre rouge. Le 11 avril. Cette date ne dit rien à Mélanie. Ce n’est pas son anniversaire, ni celui de ses proches. Ce n’est pas un anniversaire de rencontre, de mariage. Enfin, pour elle, pas une date à marquer au feutre rouge.
Elle fixe un instant l’horloge pour bien comprendre l’heure : 3h19. Mélanie a bien fait d’entrer silencieusement. Sa voisine du dessous lui aurait encore fait un scandale.
Mélanie plonge sa main dans la boîte à bonbons. Elle attrape un carambar. Elle ne lit pas la blague, il fait trop sombre et elle ne veut pas allumer la lumière. Le caramel mou lui colle aux dents. Elle sourit et racle avec sa langue les molaires du fond. Quel doux souvenir de cour de récréation, pense-t-elle.
Mélanie revient d’un long voyage. Elle essaie à chaque escale de prendre quelque chose pour sa maison. Dans sa valise, elle a des éclats de fèves de cacao. Elle a hâte d’essayer une nouvelle recette pour ses enfants. Et même son compagnon, pourtant grand fervent de café, pourrait succomber au charme du cacao corsé.
La mélatonine commence à faire effet. Mélanie défait sa jupe, son chemisier. Elle s’écroule sur le canapé. Elle fait une nuit sans rêve. C’est l’effet de la mélatonine : endormissement dans la demi-heure mais pas de rêve, ni de cauchemar d’ailleurs.
Le jour se lève. Jérôme se frotte les yeux en se rendant à la cuisine. Il boit un verre d’eau et fait couler le café. Dans le salon, il remonte la couverture sur Mélanie puis l’embrasse sur le front. Les enfants paressent dans leur lit pour quelques minutes encore. Mélanie s’éveille doucement. L’odeur du café lui chatouille les narines.
– Alors, c’était comment ton escapade, lui demande Jérôme.
– On a fait la dernière escale en Espagne. L’avion ne décollait pas. Il faisait chaud. Les passagers nerveux et exaspérants. J’avais juste envie de m’échapper. A la limite, revenir sur un pétrolier, lentement, tranquillement, sans chariot à trimballer, sans répéter encore une fois « Vous pouvez attacher votre ceinture, s’il vous plaît ? ». Tu sais, une vie où il n’est plus nécessaire d’aller vite, de courir. Aller lentement, comme un escargot… J’aimerais être avec vous plus souvent, tout le temps.
Jérôme sirote son café, compatissant. Il l’écoute, il l’écoute toujours quand elle revient.
– Et les enfants, ça va ? Ils ont été sages ? L’école, aussi, ça va ?
Mélanie n’attend jamais les réponses à ces questions.
– Au fait, j’ai apporté des éclats de fèves de cacao pour le petit déjeuner. Elles ont été extraites en Colombie.
Mélanie se lève et tombe sur le calendrier avec la date entourée.
– Jérôme, pourquoi le 11 avril est entouré ?
– Parce que c’est aujourd’hui que tu revenais et on t’attendait.

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.