Le feu de l’action

C’est encore mouillé et joyeux, mais bon l’oiseau en haut s’égosille à chanter. Le poisson sent le vent se lever et toi, toi tu, toi tu, ben en fait, je ne sais pas ce que tu fais, ce que tu dis. Ton personnage n’est pas encore bien défini. T’aurais envie d’être qui, d’être quoi ? Tu voudrais être un animal sur la terre ferme peut-être ? On a déjà un oiseau dans les airs, un poisson dans l’eau. Tu pourrais être une taupe mais déjà que tu ne fais rien et que tu ne dis rien, ça ne serait pas sympa de ne pas te donner la vue ! Pourtant, la terre va si bien à la taupe…
Ou alors, tu me dis ce que t’en penses, tu pourrais être un moustique qui se jette dans les flammes. Comme ça, on a les quatre éléments. C’est plutôt cool, non ? Ah non, t’as pas trop l’air d’accord. Ben oui, à peine arrivé dans la scène, tu te crashes minablement dans le feu et tu meurs.
Je comprends que tu voudrais prendre de l’ampleur. On va te laisser sur terre alors. On y retourne, l’oiseau a le son, le poisson a l’odorat et toi, vu que tu ne seras pas une taupe, je te dois bien ça, quel sens tu aimerais développer ?
Non, non, non, c’est chacun le sien, pas possible de les avoir tous. Chacun son élément, chacun son sens. Un chat avec des coussinets super sensibles ? C’est pas mal ça. Tu sentirais le sol mouillé. Oui, je sais, ce n’est pas très agréable mais bon, ça fait partie de la scène maintenant. Je te mets des mini-chaussettes sinon. Il me semble que tu tentes un miaulement ou un grognement qui veut dire non, j’ai raison ? Ok, pas de chaussettes de chaton.
On est partis, on a nos protagonistes : un oiseau, un poisson, un chat. Chacun a un sens. Chacun un élément. Je sens que tu te taperais bien l’oiseau pour ton déjeuner et le poisson pour ton dîner. J’aurais peut-être dû choisir un autre animal comme troisième personnage. Parce que oui, je ne te l’ai pas dit, mais tu n’es pas censé être le personnage principal, alors si tu bouffes les deux autres, on est mal barrés.
Je m’éloigne du propos. J’ai une histoire à raconter, une fable à déclamer, une morale à trouver. Je panique, le temps presse. Je ne sais pas si j’écris un conte pour enfants, une métaphore filée pour des plus grands. Aide-moi le chat, je ne sais même pas qui est le personnage principal. Ah oui zut, tu ne parles pas ! Et toi l’oiseau ? Tu sais ? Quel con aussi celui-là, il ne fait que chanter, je n’en ferai rien d’autre qu’un barde. Il fera la bande-son. Ça sera déjà ça de pris. Et le poisson, hey le poisson, tu m’entends ? Tu me tournes le dos en m’envoyant des bulles. Quel goujat celui-là aussi.
On dirait qu’ils me boudent tous parce que je ne leur ai pas donné le rôle principal. Ils font partie du décor. Miséricorde ! Ça veut dire que je n’ai ni intrigue, ni protagoniste. Que faire ? Que dire ? Qu’écrire ? Le temps, le temps s’achève, la dernière goutte de sable vient de tomber et je n’ai rien, rien du tout dans ce décor trempé !

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le feu de l’action

  1. Aliette S dit :

    Haha il est drôle ce texte. J’aime bien mini-chaussettes pour le chat, ça me rappelle une histoire de chien qui devait prendre le train en chaussant de petits chaussons sncf.
    Merci pour cette lecture bien enlevée
    Aliette

    • Marija D dit :

      Merci Aliette.
      Contente qu’il t’ait fait rire car je n’étais pas inspirée pour démarrer l’écriture alors je m’en suis servie pour raconter la panne d’inspiration ou plutôt la recherche d’inspiration.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.