Manger la poussière et se relever

La terre avait tremblé cette nuit. Encore choqué, le chef regardait, sidéré, le ciel étoilé et ce qui fut son restaurant, son œuvre, sa vie ces dix dernières années.

Le chef étoilé se sentait à bout de souffler, comme si un boa constrictor l’étouffait, resserrant inlassablement son étreinte autour de sa poitrine. Et sans sa tête, des milliers d’araignées tricotaient une toile d’idées noires.

Ce séisme le faisait chavirer. Il avait résisté aux confinements successifs, il avait survécu à la crise covid mais rien de lui serait épargné. Naufragé, submergé, anéanti, Pierre s’écroula le nez dans la poussière.

Brutalement, il se prit un déluge sur la tête. Etait-ce un tsunami ? Cette eau glaciale qui ruisselle sur son visage et ses mains le ramène au moment présent. Point de grande vague mais un simple seau déversé par sa voisine du 2ème étage. La vieille en a vu d’autres et elle est déjà à l’œuvre, serpillère à la main, encourageant les habitants à tout nettoyer, à tout trier et leur ordonnant de se ressaisir. Ranger les débits pour faire de l’ordre dans ses idées, les structurer pour prendre un nouveau départ, Pierre connaissait la musique.

Pierre mis machinalement la main dans sa poche et y trouva une tablette de chocolat à peine entamée. Il en croqua un carré et tel Harry Potter surmontant sa peur des dementors, il sentit la vie revenir, le serpent s’envoler, les araignées se disperser.

Il en était maintenant sur, son prochain restaurant serait encore plus grandiose.

 

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