Retour aux livres sans chargeurs

Paul adorait le confinement. Ne pas aller au collège, ne pas sortir de la journée, il en avait si souvent rêvé… Covid l’avait rendu possible. Vivant comme une taupe, il n’avait pas ouvert les volets de son antre depuis mars 2020. Le plus souvent, il passait ses jours et ses nits, blotti au chaud sous sa couette. Il ne passait la tête dans le salon que selon son bon vouloir pour attraper quelques victuailles. Scotchés à leurs appareils électroniques du lever au coucher du soleil, et bien plus encore, les télétravailleurs zombies qui vivaient sous le même toit que lui ne se préoccupaient plus de lui. Un jour, alors qu’il émergeait de sa torpeur et envisageait une douche, il aperçut une enveloppe coincée dans la porte. Il tira un peu, rien. Un peu plus fort, toujours coincée. Il ouvrit la porte pour récupérer l’étrange contenu… et vlam ! Le courant d’air avait fermé la porte et Paul se retrouvait dehors en jeans et tongs. IL tambourina à la porte et usa la sonnette mais ses parents n’entendirent rien. Branchés sur Zoom et Teams avec le dernier casque Bose anti-bruit sur les oreilles, rien ni personne ne pourrait les extraire de leurs réunions virtuelles. Paul le savait et paniqua à l’idée de se savoir seul dans le jardin, sans téléphone ni ordinateur.

Apercevoir les arbres, entendre le chant des oiseaux et sentir le soleil dans son dos ;… il était submergé de sensations nouvelles. Ou plutôt, il replongeait dans une partie de sa vie d’avant. Faute de mieux, il ouvrit l’enveloppe Amazon et découvrit The Ickabog, le dernier J.K Rowling. Un livre !  Un vrai roman en papier. Pas besoin de chargeur pour le lire. C’est vrai que plus jeune, il avait dévoré les 8 tomes d’Harry Potter, bien installé dans sa cabane au fond du jardin. Il l’avait construite avec son père avec des planches et un grand panneau vitré pour être à l’abri des intempéries et rester au cœur de la nature même par temps pluvieux. Quelle surprise de voir que ses parents l’avaient conservée intacte ! Que de bons souvenirs ! Que d’émotions ! Tout était en ordre, des vieux coussins aux rangées de livres classés par ordre alphabétique de l’auteur, une bouilloire et des biscuits rassis prêt à combler un petit creux.

Paul se lova au sommet de la montagne de coussins et fit quelquechose qu’il n’aurait jamais imaginé en se réveillant ce matin : Il se plongea dans The Ickabog, vivant une aventure de papier, soutenant les enfants dans leur quête contre le pouvoir usurpé, oubliant de s’inquiéter de son retour au monde connecté.

 

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