le vide-maison

Cinquante ans de collections, d’objets, de meubles, de « on ne sais jamais, ça peut servir », de souvenirs familiaux, de petits bouts d’enfance, de rires, de pleurs, de soupirs, de silences.

« Messieurs-Dames, tout doit partir ! Approchez, approchez ! N’ayez pas peur : il y a du lourd et du léger, des meubles rustiques – l’armoire Louis XIII, le pétrin de 2 mètres, une presse à relier, l’imprimerie avec ses casses remplies : que du beau, du Bodoni, du Garamond, un peu d’Elzévir et des liserés fleuris.
Ici, la vitrine en acajou avec ses pieds fins et sa clé en forme de trèfle. Là-bas des livres anciens, édités par le père, imprimés par le fils et bradés par les enfants ». ..

Tout un patrimoine qui s’envole vers de nouveaux horizons.

– Ah non : ça vous ne pouvez pas les prendre, ce sont nos nounours.
– Tu as vu, le tien Maman l’avait recousu, ajouté des boutons pour les yeux et des bouts de laine pour lui refaire du poil.
– Oui, il a perdu de sa superbe.

– Et là, c’est ta poupée noire, celle qui sentait bon la vanille.
– Tu crois qu’elle serait encore politiquement correcte aujourd’hui ?
– Peut-être pas, mais moi j’en rêvais de ta poupée.
– Ah moi, c’est de votre Nicolas et Pimprenelle que je rêvais, avec leurs habits en vichy rose et bleu.
– C’est Grand-Mère qui nous les avait offerts.

Bon, je vous rappelle que nous devons vider 3 étages, une cave, un garage et un jardin. Alors nous n’allons pas pouvoir égrener nos souvenirs sur chaque objet.
T’as raison. Faisons trois tas : un pour « ON GARDE » ; un pour « ON VEND » ; un pour « ON JETTE ».
Moi, je rajouterai un tas pour « ON SAIT PAS ».
Et moi, un tas pour « ON DONNE ».
Cinq ? Ça devient compliqué.

– Oh regardez, mon meccano !
– Celui qui te servait à construire les objets les plus saugrenus ?
– Pas du tout ! J’avais fait un petit train à wagonnets pour passer la salière d’un bout à l’autre du pétrin.
– Bon, tu gardes ou tu jettes ?
– Je… Gardddd/Jette.

– Ok : et ta ferme avec ses animaux en bois ?
– Pfuh : la grange s’est affaissée, on jette.

La journée s’étire entre fous-rires, larmes, émotions.
Le trio dépiaute ce que la génération précédente avait tricoté avec soins et amour.

Chaque objet a son histoire, mystérieuse ou connue, un petit rien ou une saga familiale. Ils ont bercé notre enfance, celle de nos parents, parfois même celle de nos grands-parents. Aujourd’hui, ils s’imposent à nous avec leur lot de couleurs, de formes, leur délabrement, leur histoire. Des émotions dans les émotions.

Recentrons-nous : finir nos 5 tas !
Une vague déferlante aurait été plus rapide et radicale …

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1 réponse à le vide-maison

  1. Aliette S dit :

    Super joli texte émouvant et drôle, rythmé comme il faut, et qui rappelle des souvenirs à qui a du s’y mettre un jour, vide-maison, et sonne comme un avertissement à ceux qui jett…gardent parce qu’ « on ne sait jamais, ça peut servir »
    merci !!

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