Au bout de la ligne 15

– C’est là et je ne le vois pas.
– Qu’est-ce que tu dis ?
– C’est là, j’te dis.
– Quoi donc ?
– Je sais pas, je ne le vois pas.
– Jeanne, tu me fais flipper là. On cherche quoi au juste ?
– J’ai entendu que c’était au bout de la ligne 15.
– On cherche le nouveau métro, c’est ça ?
– Non, pas du tout. Chut. Avance.
– On va marcher encore longtemps Jeanne ? parce que là le tunnel me paraît infini.
– Je sais pas, j’t’ai dit.
– T’es lourde, Jeanne ? Tu m’embarques dans un truc.
– C’est pas un truc, Arthur, c’est quelque chose d’important.
– T’es marrante. C’est tellement important que t’es pas capable de me dire ce qu’on cherche ou qui on cherche. D’ailleurs, est-ce que tu le sais toi ?
– Ben non, puisque je te dis que je ne le vois pas.
– Et qu’est-ce que t’es censée voir ? Un quai bleuté ?
– Mais non, je sais juste qu’on doit faire vite parce qu’on n’a pas vraiment le droit d’être là.
– Quoi ?
– Chut, j’tai dit. Tu vas nous faire repérer.
– Tu te fous de ma gueule, Jeanne ? T’as forcée la porte tout à l’heure pour entrer ?
– Ben non, la porte était fermée.
– Comment on est entrés alors ?
– Pas par une porte c’est sûr.
– Jeanne ? Jeanne, t’es sérieuse là ?
– Chut, avance. On va bientôt trouver.
– T’es complètement timbrée. Moi, j’y retourne.
– Non, ne me laisse pas.
– Alors, tu me dis ce qu’on fout là !
– Tu te rappelles, on est passés par la bibliothèque, il n’y avait pas de porte. Alors j’ai suivi le mur. Et on s’est retrouvés ici, je ne sais pas vraiment comment.
– Et là, tu cherches quoi en fait ? A sortir ou à t’enfoncer dans le tunnel ?
– Je sais pas. Je ne pense pas qu’on soit perdus mais on ne peut plus retourner sur nos pas, c’est sûr.
– Je ne comprends rien du tout.
– Ecoute Arthur, tu me fais confiance ou pas ?
– Là maintenant, pas trop, désolé.
– Ben moi, j’y crois. Il y a quelque chose ou quelqu’un qui est passé par là.
– Et ça ne te fait pas peur à toi ? De ne pas savoir ce que c’est.
– Non, je sais juste que c’est là.
– Et c’est quoi ?
– Je t’ai déjà dit, je ne le vois pas.
– Et tu cherches à le voir c’est ça ?
– Pas vraiment.
– Tu cherches quoi alors ?
– Je ne sais pas. Je le ressens et je sais que je suis à l’endroit où je dois être.
– Et ton intuition, elle te dit que je dois y être aussi ? Parce que moi je ne me sens pas super à l’aise.
– T’inquiète, avance, tu vas voir.
– On ne voit rien Jeanne, rien du tout dans ce tunnel. C’est un peu le concept d’un tunnel, tu vois ?
– Arthur, t’es lourd. Ça va bien se passer. Suis-moi.
– Mais on va où ? Ce tunnel n’en finit pas. Tu crois vraiment qu’on va en sortir ?
– Oui, c’est la seule chose dont je sois sûre. Viens.

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Au bout de la ligne 15

  1. Emmanuelle P dit :

    Superbe dialogue ! J’espère une suite. Le suspense est à son acmé. Bravo !

  2. Marija D dit :

    Merci Emmanuelle pour ton retour.
    Reste à faire la visite de cette future ligne pour savoir ce qu’il se passe après 🙂

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.