Mirage

« Mon absence est un mirage, elle disparaît quand j’arrive ». C’était sa manière à lui de s’excuser, de ne pas vraiment avouer qu’il n’était pas vraiment là, pas toujours, qu’il fallait profiter des moments où il était là, le laisser partir et rêver son retour.
Il aurait aimé que ce soit une fête mémorable à chaque fois que le mirage se dissipait. Il ne se rendait pas compte à quel point la brume m’envahissait lorsqu’il disparaissait.
La dernière fois qu’il est apparu, je lui ai organisé une belle grande fête. Il n’a jamais su que c’était une fête d’adieu. Il ne me reverra plus.
Cela n’a rien à voir avec du mépris, cela a juste à voir avec la survie. Je ne veux plus l’attendre, je ne veux plus voir passer ma vie. Je suis partie parce que j’étais trop restée. Je ne sais pas quand il reviendra. J’espère juste qu’il trouvera son chemin sans son phare allumé. J’ai confiance en lui, en ses capacités. Il a toujours été joyeux, heureux de me retrouver. Cette prochaine fois, je ne serai pas là, j’aimerais pourtant le préserver, qu’il ne soit pas enragé quand il comprendra, qu’il n’y a rien de grave dans mon départ.
Je sais qu’il ne m’en voudra pas car il a toujours voulu que je sois heureuse, même si ça devait être sans lui. Avant de boucler ma valise ce matin, j’ai enlacé mon crabe en peluche et je l’ai laissé sur l’oreiller. Je lui ai murmuré à l’oreille : prends soin de lui. Et puis je suis partie.
Mon absence ne sera pas un mirage. Peut-être le croira-t-il un temps. Peut-être croira-t-il à mon retour. Il faudra du temps à l’un comme à l’autre pour remplir nos vies autrement, pour réaliser que l’attente fait perdre du temps.
Je pars, je ne me retourne pas, je ne veux pas avoir de regrets. Je me jette dans le vide, dans le néant, dans un futur où tout est possible, où tout est à construire. Je n’efface pas l’avant, je ne peux pas, je ne veux pas car ça fait partie de moi, de qui je suis.
Je pars sans laisser de trace. Sauf peut-être ces quelques lignes écrites à l’encre violette. Une trace qui s’estompera au prochain coup de vent, lorsque le sable recouvrira mes pas.
Le vent siffle dans mes oreilles, les vagues dansent et se fracassent. Au bord de la falaise, je fixe l’horizon, la brume s’est levée et dans le ciel, les bateaux volent.

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3 réponses à Mirage

  1. Emmanuelle P dit :

    J’en ai les larmes aux yeux…
    Bravo pour l’idée du crabe en peluche. J’adore ce don pour les pirouettes, les inattendus.
    Un grand merci pour les émotions qui font vibrer ce texte

  2. Marija D dit :

    Merci Emmanuelle. Tout ceci n’est peut-être qu’un mirage ou pas.
    J’ai trouvé la phrase du début, de lancement, inspirante, à la fois triste et pleine d’espoir.

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