Sans regret, sans remord

Paris n’est plus ce qu’il était. Je m’en plains, tu t’en plains, nous, vous, ils s’en plaignent. Bref tous les vieux regrettent le Paris d’autrefois, celui de Doisneau, de Ronis, celui des petites boutiques, des crottes de chien, des journaux papiers, des petits cafés enfumés. Les prostituées colorées ont quitté la rue Saint-Denis. Les poissonniers ne crient plus la fraicheur de leurs étals. Les maraichers n’invectivent plus leurs clients. Tout est lisse, normé, plein d’interdits. Les « fais-pas-ci, fais-pas-ça » pleuvent comme des grêlons sous l’orage.

Dépité, découragé, il partit flotter dans l’air, sa main accrochée à la cafetière. Au moins, là-bas, il pouvait cueillir des nuages, aspirer ses regrets, colorier la nature, peindre son camion jaune. Là-bas, il débrancherait les téléphones, crierait son espoir de voir un jour la terre tourner à l’envers. Il n’arrêtait pas d’y penser : et si la terre ne tournait pas rond, pourrait-il la renverser ? Il prit un air taquin, attrapa la laisse du chien posée sur la lune et repris sa course à l’endroit.

Et le renard qui lui avait demandé de lui dessiner un mouton ? Pas le temps ! Il fallait fuir, toujours aller de l’avant, sans regret, sans remord.

La grande faucheuse arrêta sa course. Il lâcha cafetière, prostituées vibrantes, cigarettes a à demi consumées, camion jaune. C’était son tour, sans regret, sans remord.

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