Conseil de grand-mère.

Des pommes en pagaille recouvraient la table en Formica de la cuisine. La plupart étaient moches, certaines étaient couvertes d’une peau rugueuse et marron. Pas comme celles que l’on trouve en supermarché, toutes rouges et brillantes.

Pendant que j’étais là, debout, à les observer, j’entends la voix de ma grand-mère surgissant dans la pièce, derrière moi : « Alors, l’imposteur est de retour ? », elle me demande.

Je souris, et lui réponds que ce n’est pas en vivant à Paris depuis quatre mois que je peux déjà acquérir le statut d’imposteur. Elle émet un petit bruit pour me faire comprendre qu’elle n’en pense pas moins. Impossible de la faire changer d’avis de toute façon.

Elle remplit une vieille bouilloire métallique dans le grand évier, la pose sur la gazinière, et tourne la mollette jusqu’à déclencher un feu vif, après quelques claquements caractéristiques. Pendant que l’eau commence à frémir, elle me raconte toutes les dernières nouvelles qui l’intéressent, elle plutôt que moi, sur ses copines du village, sur ses voisins, sur les gens qu’elles connaissaient qui sont malades aujourd’hui.

Une fois que la bouilloire siffle, elle continue de parler en versant l’eau dans des tasses à fleurs, et y met deux sachets de thé noir Lipton, en me disant : « Quelques secondes d’infusion, ça suffit, c’est pas bon sinon ».

Pendant qu’elle parlait, on avait l’impression de vitesse. C’était un flot inarrêtable de mots, et surtout de ragots, qu’elle était trop contente de pouvoir partager à des gens qui ne les avaient jamais entendus.

Ce contenu a été publié dans Atelier au Long cours. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire