La vie en haute en couleur

Elle était arrivée en avance, comme à son habitude, pour repérer les lieux, s’orienter dans l’espace, et s’acclimater aux autres. Avec ses sauts d’humeur qui lui faisait traverser une tempête émotionnelle quotidienne, c’était plus prudent de maîtriser au maximum la situation. Aucune place à l’imprévu. C’était son premier groupe de parole. Elle était partie si précipitamment pour être en avance qu’elle en avait oublié de prendre ses régulateurs d’humeur. Tant pis, elle ferait avec. Elle ferait au mieux. Et bon courage pour son entourage au moment où la déglingue arriverait.

Elle entra dans la salle dont les murs d’un bleu existentiel lui rappelait ceux de la prison où elle travaillait. Un homme se présenta à elle, avec un grand sourire. « Marc, Bienvenue ». Il portait un pull vert brocolis qui lui rappelait à quel point elle aimait ce légume. Au passage, si romantique, en bouquet. Et d’ailleurs, elle lui fit remarquer. Il rigola. Petit à petit, les gens arrivèrent. Chacun à manière mais tous éclatants de couleur : du vert scarabé, du bleu outre mer, du jaune pourpre, du orange irisé, du violet glycine, du rouge poison. Pendant son tour d’horizon, son regard se posa sur le pull d’une dame, de couleur rose bonbon. Soudain, un souvenir d’enfance à barbe à papa lui monta à la tête, puis au nez, jusqu’à, presque la faire saliver. Elle laissa s’échapper une larme de mélancolie. Puis s’efforça de reprendre ses esprits et le contrôle qui va avec.

Tout le monde était arrivé, chacun pris place sur une chaise. La séance commença. Elle, elle s’était assise près de la porte au cas où elle eu envie de filer, simple précaution. Oubli de cacheton. La séance débuta par un tour de table de ce que chacun avait fait pendant la journée. Au fil des prise de parole, elle commença à se sentir envahit par des vagues de chaleur entremêlées de sueurs froides. Elle regarda à sa gauche, puis à sa droite, son voisin, sa voisine. Elle était passé de rose bonbon à vert brocolis en l’espace de 2 minutes. Son tour arriva. On lui demanda : « Et toi, qu’est-ce que tu nous apportes de ta journée ? » Après un blanc qui lui paru interminable, elle lança furtivement, du bout des lèvres : « Un verre plein de poison contre le blues existentiel s’il vous plaît ? », comme un cri de détresse, la voix nouée, la gorge sèche. Elle éclata en sanglot, épuisée par elle-même.

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