Souvenirs d’enfance

Hiver 92. Ma soeur a 1 an. J’en ai 4 et je commence à apprendre à descendre la neige sur 2 mini spatules. Nous sommes à la Croix-fri, petite station familiale près de la Clusaz, en Haute-Savoie. Papa m’accompagne sur la piste verte spéciale débutant. Et je commence à me mettre en chasse neige, les 2 mains sur les genoux, les genous pliés, je fais des petits virages.

En haut, sur le plateau, maman reste avec ma soeur, dans sa grosse luge rouge, qu’elle traîne, et traîne et traîne. Elle lui fait faire pleins d’aller-retours pour la bercer, pour qu’elle s’endorme, en attendant que je finisse de descendre, et remonter, et redescender et re-remonter. Je ne veux pas m’arrêter. Ma soeur porte ce genre lunettes de soleil pour enfant qui couvre quasiment la moitié du visage, et une super combinaison aussi confortable que l’empêchant de faire le moindre gestes. Elle est parée pour la neige. Maman continue donc à la traîner, à allure constante, pour l’endormir. Il faut dire qu’elle a pleuré toute la nuit. Il est nécessaire pour tout le monde qu’elle dorme, maintenant. Quand soudain, une dame fait des grands signes devant ma mère. « Madame, madame, je crois que vous avez perdu votre bébé… » Ma soeur était si bien dans sa luge qu’elle s’était endormie profondément à en tomber sur le côté, dans la neige.

***

Eté 96. Baie du Mont-St Michel. Nous étions partis tous les 4, mes parents ma soeur et moi, depuis Lyon, en voiture. Sacré traversée sur les routes de France avec deux petites filles, habituées au long trajet certes, mais qui ont la bougeotte, aime être assis à droite du conducteur, et…  chanter tous ensemble ! Papa, lui, a toujours aimé la photo et s’applique particulièrement à capturer des clichés de nos moments en famille, souvent prise sur le vif pour donner l’effet le plus naturel et spontané de l’instant présent. Comme cette fin de journée sur la plage. Nous portions, ma soeur et moi une marinière bleu marine. Avec un petit filet de pêche, chacune, pour pêcher des crevettes grises. Arriva LE moment de LA photo pour immortaliser ce moment. C’était la fin de journée, il commençait à faire frais, la fatigue des enfants arrivait en même temps que l’impatience des parents. Pendant plusieurs minutes, d’après mes vagues souvenirs de petite fille, papa nous donnait des instructions assez strictes sur comment se positionner par rapport au soleil couchant pour que la photo soit la plus belle possible. Plantez vos filets dans le sable. Plus à gauche. Rapprochez vous. Arrêtez-vous de bouger. Stop. Camille, n’embête pas ta soeur. Tenez vous droite sans être au garde à vous. Souriez. Mais souriez les filles. Le vent nous décoiffait. Dégagez vos cheveux du visage. Il parlait de plus en plus fort, le vent couvrait sa voix. Jusqu’à qu’il perde vraiment patience face à notre agitation et au vent qui rabattait de plus en plus le sable sur nos visages et son objectif. Il finit par vraiment hausser le ton pour en finir avec cette photo interminable qui devait, de base, immortaliser un tendre souvenir de vacances.

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