A propos d’Hortense

quand la prière fut terminée Hortense se releva en se frottant les genoux.Maudits curés. Quand je serai grande je laisserai tout ça tomber. Heureusement au catéchisme il y avait des garçons qu’Hortense trouvait drôles. Ils faisaient des grimaces et des bras d’honneur dans le dos de l’abbé. En rentrant elle but un chocolat chaud, tout en poursuivant son rêve étoilé. Dans le silence de la grande salle à manger elle imaginait un train filant vers le lac Baikal. » Quand je serai grande, je ferai ce que je voudrai » se répétait Hortense en réchauffant ses doigts à sa la tasse fumante.

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pour Hortense la journée  commence mal.. A son âge, se mettre debout c’est déjà tout un programme. Étirer ses jambes, tortiller sa nuque, remettre ses idées en place. «  tu es bien vieille pauvre Hortense, ils ont beau te dire que tu ne fais pas ton âge, bordel toutes ces années tu les as et ton genou aussi. «
Enfin habillée, elle va sortir de la salle de bains, lorsqu’elle marche en chaussette sur une petite flaque d’eau. « Mais tu sors d’où, toi, juste à côté du tapis de douche? »Rageuse, Hortense s’est assise sur une chaise, heureusement placée là par son petit fils Lasló
-C’est bien mamie de pouvoir t’asseoir en sortant de la douche.
-oui mon garçon
Recommencer  l’opération chaussettes, vite aller se faire un café ,enfin pas si vite que ça  et surtout ne pas se regarder dans la glace du couloir.
En cherchant bien elle finit par trouver une tablette de chocolat qu’elle croque en entier en buvant son café . » je suis trop vieille pour être  raisonnable » se dit . Souvent Hortense en brossant sa longue chevelure
-Maman a ton âge , les cheveux courts c’est plus seyant.
Hortense regarde sa fille d’un air moqueur et ne répondait rien. Elle a quand même bien le droit de garder ses cheveux longs et puis parfois on lui en fait encore compliment alors….                                          Rencontrer ses amies, les écouter, les dorloter, voilà un plaisir partagé. Parfois un chagrin quand l’une d’entre elles se réduit en cendres, bien à l’abri dans une urne choisie avec soin par la famille.
Hortense ce matin cherche  en elle un chant ondoyant qui disperserait toutes ces larmes pour tant d’amies disparues.
Se tenir dans la lumière et cligner un peu des yeux. Écouter les bruits de la rue, se sentir en vie. Ni avenir, ni passé, seulement cette fulgurante présence au monde.
Un peu plus tard sa voisine vient frapper à sa porte. Hortense remet en route la cafetière. Le mardi, Lucie garde son petit fils de deux ans
Entre petite joie sur pattes, entre mon joli. Galoppe et grimpe, fais tomber quelques objets inutiles , raconte- moi a l’oreille tous tes secrets .
En riant Hortense lui ouvre les bras.

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Une réponse à A propos d’Hortense

  1. Sylvie W dit :

    on touche à tout dans ce second texte. Hortense qui vieillie et qui se parle; son petit-fils attentionné; sa fille qui voudrait régenter sa coiffure; sa copine Lucie; les amis qui disparaissent en cendre.
    Tout un quotidien tellement réel et vrai, et cette « fulgurante présence au monde » qui explique si bien la situation. On vieillit mais on aimerait être Hortense qui sait encore si bien vivre le quotidien, (ni le passé, ni l’avenir)

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