Je la regarde, couchée dans son berceau. Dans ses yeux bleus grands ouverts, je crois déceler une question… un mot muet.
Je sais que ce n’est pas possible. Depuis le temps j’aurais remarqué ces interrogations. Couchée sur le dos, bien au chaud sous sa petite couverture bleue tricotée pour elle, elle semble paisible et sourit.
Elle est là depuis bien longtemps mais je ne la voyais plus.
Elle est arrivée un matin de Noël il y a plus de40 ans. Posée au pied du sapin dans son lit de carton, elle a émerveillé la petite fille qui a ouvert le paquet. Pendant des années la petite fille s’est occupée d’elle, lui a confectionné des vêtements, l’a aimée, l’a cajolée. Lorsqu’elle a grandi, elle lui a confié ses joies, ses chagrins, ses secrets.
Un jour, elle l’a remisée dans le placard de sa chambre. Cela s’est fait simplement. Tout simplement, la petite fille avait grandi.
Toutes ces années passées dans l’obscurité du placard et puis un jour une petite voix est venue la sortir de son sommeil. Une jolie petite fille lui parle, la coiffe, lui raconte sa vie, ses difficultés. Elles se verront un week-end sur deux. Le dimanche soir au moment du départ, la petite ajuste la petite couverture bleue, pose un bisou sur sa joue et lui dit à bientôt
Un jour, la petite voix qui l’avait sortie du sommeil disparaitra à son tour et ce sera de nouveau le silence et l’obscurité du placard.
Aujourd’hui la maison est en vente, il faut vider les placards, elle est sortie de son isolement, est regardée avec émotion, que va-t-elle devenir ? Que va-t-on faire d’elle ? La garder, la donner, la jeter ?
Personne n’ose répondre mais chacun pense qu’elle doit rester. Elle fait partie de la famille tout de même
Du fond de son berceau, sous sa petite couverture bleue, on croit déceler un mot muet dans ses yeux.








