La maison de ses parents

Il ne voulait pas vivre dans cette maison qui lui rappelait trop son enfance. Même vidée de ce que ses parents avaient aimé, il ne s’y sentirait jamais chez lui. Dans le jardin, il ne pouvait ignorer le cerisier que ses parents avaient tant contemplé, à l’affut des mésanges bleues, des verdiers, des étourneaux, des geais et des rouges-gorges. Il ne pouvait pas davantage, ne serait-ce, qu’imaginer faire couper cet arbre tant vénéré et photographié. Côté sud de la maison, ce n’était pas mieux. Il n’avait jamais aimé ces immenses buis centenaires qui empêchaient le soleil de parvenir sur la terrasse et lui évoquaient à la fois, l’immortalité et le sacré. Non, il n’aurait pas le cœur à les faire abattre, ce serait vider le lieu de son âme et de son histoire. Aussi, il était inutile qu’il s’intéresse davantage à la maison. Quel qu’en soit l’aménagement, il savait qu’il serait incapable de s’y imaginer chez lui, qu’il n’aurait pas ce pouvoir de créer du nouveau dans cet espace plein de souvenirs ! Il était très reconnaissant à ses parents d’avoir bien entretenu la maison. Ainsi, il pourrait en obtenir un bon prix à la vente et à son tour, il pourrait concrétiser ses rêves. Il se voyait dans un endroit bien plus sauvage, loin de la route, envahi d’herbes folles, de coins et de recoins, chargé d’arbres fruitiers, avec une balançoire et un ruisseau au bout du jardin. Il imaginait un lieu beaucoup moins ordonné, qu’il ne transformerait pas en maison modèle de la revue « Maison & Jardin ». Lui aussi, planterait des fleurs partout et reprendrait, à coup sûr, les rites annuels des confitures maison de framboises, de mûres et de cassis, ainsi que la préparation des compotes de pommes, de la gelée et des pâtes de coings.

Ce contenu a été publié dans Atelier Buissonnier. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire