Les vieux amis

       Nous venions de nous retrouver, ensemble pour trois jours, ravis de ce rite qui nous avait réunis vingt-cinq fois en seize ans, en nous déplaçant à tour de rôle chez les uns puis les autres. Quelque chose avait changé cette fois, comme si l’on avait vraiment pris conscience de la chance extraordinaire que nous avions, d’être tous là, présents et bien vivants. Nous étions à nouveau, plus que jamais décidés à profiter de l’instant, mais avec l’envie d’être particulièrement attentifs aux besoins de chacun et à ses fragilités.
La joie de nos agapes et de leurs douceurs sucrées et salées, à base de produits du terroir de chaque coin de France était toujours là : foie gras et noisettes des Landes, guacamole, vin de cassis et pâtes de coings de l’automne, baklavas et vins de Rivesaltes, croquants aux amandes, gâteau reine de Saba, et miel de garrigue. Certes, le vin était apprécié, mais nous le buvions dorénavant avec parcimonie, et lorsque nous préparions les repas, nous portions maintenant attention au sel, au sucre, au gras, selon les nécessités de chacun. Nous étions devenus particulièrement attentifs à la santé des autres, sans que cela pèse sur le groupe.
Ce qui avait changé aussi, c’était la manière d’accompagner la maîtresse de maison pour que le séjour ne soit pas épuisant pour elle. Chacun apportait maintenant une entrée, un plat, ou un dessert, sans qu’il soit besoin de le demander. Accueillir les autres chez soi, était donc devenu plus facile au cours du temps et chacun se mettait, selon ses affinités, au jardinage, à l’élagage, à la cuisine, à la cueillette ou à l’animation. Hélène, cette année, avait apporté des livres qu’elle avait aimés, les offrant à qui voulait, après en avoir fait une présentation informelle. Ludovic avait créé un site internet, pour servir de mémoire à nos rencontres et nous avions eu plaisir cette fois, à visionner les photos de nos premiers séjours, à retrouver les lieux visités et les belles randonnées des premières années. Le temps était venu où les randonnées des premières années avaient fait place à de petites balades ou au ping-pong, et où le « temps calme » après le déjeuner allait bientôt s’instituer vraiment. Une des prochaines étapes serait peut-être de trouver des lieux de rencontre qui ne nécessiteraient pas de prendre la voiture pour de trop longs trajets.                      L’envie de partager nos joies, nos soucis, nos réalisations, nos créations, notre plaisir à être ensemble pour quelques jours, nous habite toujours et Ludovic, notre troubadour, invente et nous fait célébrer depuis dix ans, le plaisir de nos retrouvailles. Il se met au piano et nous répétons et chantons en cœur la chanson du moment, celle des anniversaires en cours, celle qui célèbre les hôtes qui nous reçoivent, ou tout simplement, notre amitié : « Parmi les jeux de notre enfance, il y avait le jeu des quatre coins, c’est maintenant quatre coins de France, qui nous rassemblent de loin en loin… Ce sont des coins où l’on bavarde, où l’on déguste, on se promène, on se dépense ou on lézarde, l’amitié y est souveraine ».

                                                                                                                          11 novembre 2025

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