Noel

Noel approchait. Dans la rue où habitait Hortense, les habitants luttaient contre l’obscurité des longues nuits de décembre. Des décorations à toutes les fenêtres. La petite Hortense avait compris, cette année là , que le père Noël n’était qu’une  fable assez ridicule, inventée par les adultes. Soulagée de recevoir tout de même des cadeaux.

Quelques années plus tard, adolescente coléreuse , elle en avait conclu que les adultes étaient tout à fait capables de mentir, de  raconter des histoires inventées de toute pièce avec des air enjoués. Alors pourquoi se gêner , Hortense mentait sans aucune honte dès que cela l’arrangeait. Mais  elle avait gardé l’amour de ces décorations scintillantes, clignotantes, pétillantes dont on oublie le côté kitsch par amour de la lumière. Souvent Hortense se sentait passagère dans la maison de ses parents. Adolescente pleine de rêves et d’envies que la réalité froissait et déstabilisait, elle vivait les fêtes de Noel épuisée par ces alternances d’excitation et de désarroi.

le bonheur des cadeaux, des friandises, des embrassades, des grand- parents  enfin réunis mais aussi la déception en ouvrant certains paquets et ces interminables repas avec leur avalanche de nourriture. «  cette année j’vais y passer, j’survivrai pas » se disait Hortense mais dans les années soixante impossible de dire à ses parents » marre de tout ça, j’vais dans ma chambre, salut »Alors souvent Hortense boudait, cachée derrière le grand sapin.
Et puis quand venait la nuit, que les adultes, fatigués de toutes ces ripailles, somnolaient au salon, elle entraînait les autres adolescents de la famille dans la petite rue qui menait au parc des Deux rives. Pour la plus grande joie de ses deux cousins et de sa cousine , Hortense commentait toutes les décorations accrochées aux fenêtres. La voisine la plus proche, la grosse radin qui avait acheté une guirlande minable. Le petit couple d’amoureux au numéro 8 avec avec tous ces petits cœurs accrochés au balcon et le grand père Noel , ridicule, collé à la cheminée «  il va se casser la gueule avant demain , c’est sûr“ les garçons riaient, un peu gênés. Essoufflés, courant, se bousculant, ils dévalaient la  pente.“ vous avez vu l ´immense traîneau avec son renne? «  un vrai événement dans ces années de sobriété oú leur rue était célèbre dans toute la ville. «  ce type au traîneau, il faut s’en méfier, il nous dit toujours des cochonneries » la cousine gloussait et ils rebroussaient chemin. Chaque année le même rituel.

Aujourd’hui Hortense est une vieille dame. Ses enfants viendront demain. Il faut passer le cap du 24. Noel est une fête bien étrange, se dit Hortense, il faut absolument avoir le cœur joyeux. Mais le faut- il vraiment ? Et puis est ce que c’est grave ?

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