Premiers émois

Courir sur les toits, s’évader par la cheminée, s’accrocher à l’antenne de télé avant de se laisser glisser le long de la gouttière pour atteindre la rambarde de la terrasse et sauter à pieds joints dans le parterre de fleurs avant de courir vers le portail rouillé qu’on ne ferme plus depuis que la clé s’est cassée dans la serrure. La liberté d’une soirée, d’une nuit, d’une journée. Apercevoir sa silhouette dans l’ombre du châtaignier, voir son chemisier blanc dessiné par la lueur d’une lune croissante qui invite à suivre le chemin qui mène à la grande route. Les grenouilles se taisent en entendant les pas feutrés qui écrasent les feuilles mortes, ce n’est pas normal à cette heure de la nuit de voir des silhouettes se refléter dans l’eau de l’étang. La nuit, habituellement, seules des phares de voiture déchirent l’obscurité, fuyant vers des demeures ensommeillées, pressées de se mettre à l’abri. Le couple hésite, cherche un endroit pour se poser, se reposer, souffler après ces émotions inédites. C’est leur première fugue, la première fois où ils échappent au contrôle d’adultes qui ont renoncé à tout rêve, tout désir d’aventure et qui, au contraire, vont les suspecter d’être sur « la mauvaise pente », d’être sur « le point de mal tourné ». Mais pour eux, cet instant, où seul le bruissement du vent dans les arbres leur tient un discours, est la récompense de toutes ces heures d’attente.

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