Confortablement installé dans un Shinkansen qui l’emmène à 350 km heure vers Tokyo, Sethiev pense à sa dernière exposition, à la Fuji Gallery et aux difficultés de communication avec ces galeristes en apparence si adorables mais en réalité tellement inflexibles. Il y a des codes, il y a des règles, il y a des façons de faire. C’est un mur recouvert d’une douce végétation mais un mur de pierres malgré tout. Moi qui aime tant faire un pas de côté, se dit Sethiev ! Ils m’ont encadré et cadré comme jamais.( normal, pour un peintre !!! « Arrête de rire bêtement… » dirait Nina) . C’est le propriétaire de la galerie qui a décidé de l’accrochage, tu imagines ? Poursuivant son dialogue muet avec Nina, Sethiev sent la colère l’envahir.. et tout ça avec le sourire et en sirotant un vieux saké un peu fade….
Le train passe le long de ruelles mal éclairées . Ça et là quelques éclats de lumière, un passant tout juste aperçu. Le train s’enfonce dans la nuit. La plupart des passagers se sont endormis, la bouche ouverte. Sethiev n’arrive pas à trouver le sommeil. La petite demoiselle à l’entrée de la galerie qui répétait inlassablement « Irashaimasu » bienvenue , cette petite mignonne toujours entrain de rire, la main devant la bouche( qu’Est ce que ça m’énerve… « arrête de tout critiquer » dirait Nina) elle aussi l’avait remis dans le droit chemin.
« Non, non Sethiev San , pas de désordre, il faut tout ranger, vous comprenez, ranger » ( ranger faisait partie de son petit vocabulaire français… « arrête les moqueries » dirait Nina) mais qu’est-ce qu’elles ont toutes à vouloir me changer, « améliorer « pensent-elles sans doute !
Le Japon est le pays du tressé, de l’aligné, le pays des visages sereins qui ne cèdent jamais rien….(« tu exagères vraiment » dirait Nina)
Moi, pense Sethiev, ce genre d’ambiance me rend fou, me donne envie de secouer le cocotier, de contredire mon interlocuteur juste pour le plaisir de voir son étonnement.
Maintenant calme plat. Les marchands de Bento sont allés se reposer voiture 32. Tout en bougonnant Sethiev s’est mis à dessiner sur un papier acheté quelques jours auparavant, un beau vélin en paille de riz crème, ça accroche, ça gratouille un peu, la mine se casse et on recommence. Un papier pour dessiner avec toute son âme. Un peu plus tard Sethiev s’est enfin endormi.








