Pierre doit impérativement commencer son récit. C’était au départ une longue histoire. mais le temps imparti a rétréci, alors il a dû raccourcir son texte.
Bloqué par la contrainte, il a ruminé en boucle :
Il n’y a rien qui me vient,
Vraiment rien qui revient,
Toujours rien c’est pas bien.
Distrait, il jette un œil à la fenêtre ; un ragondin et un dindon se font des farces.
Dis-donc, je pourrais en faire le cœur de ma prose, se dit Pierre.
Il rouvre son cahier, lisse la première page avec le plat de la main, et écrit :
» Recette de l’escalope milanaise ».
» Prévoyez une escalope de dinde par personne. »
Et l’imagination de Pierre se tarit de nouveau. Il doit rendre sa communication le lendemain ; cela fait 3 semaines qu’on lui a commandé un écrit original, loin des sentiers battus, à mille lieues de ses aventures de crabes et de mouettes amoureux d’un cerf-volants, au clair de la lune.
Pierre, acculé, a eu l’idée de rédiger une recette de cuisine, même s’il ne cuisine pas. C’est le passe-temps préféré de sa femme, dont il est divorcé depuis des années. Mais il l’appelle encore « ma femme » parce qu’il n’arrive pas à passer à autre chose.
Il déchire la feuille, lisse une autre page, et, de sa plus belle écriture, note :
La Fable du Ragondindon.








