La famille Goéland

Monsieur Goéland et Madame Goéland se sont rencontrés un matin d’été sur un quai. C’était un jour de grands départs et les trains seraient pleins. Ici, on fait l’appel pour un camp de vacances. Là, des jeunes filles, au survêtement bleu d’un club de gym, s’apprêtent à partir en stage.

Le quai des goélands n’est pas celui de la gare de Lyon. Non, leur univers se résume au port de l’Arsenal, titre ronflant pour désigner un bout de Seine avec des petits bateaux dessus, les rues alentours et le ciel.

C’est déjà pas mal.

Lui et Elle se sont immédiatement plu. Pas de cour à rallonge comme chez les vulgaires pigeons où le mâle tourne autour de la femelle qui le toise avec dédain en se disant :

– Allez ! Crache ta pastille ; tu veux qu’on baise, c’est ça ?

Lui et Elle se sont vite mis à l’œuvre pour fonder une famille.

Rapidement, le nid était prêt à accueillir les œufs, les couver, et c’est avec l’œil attendri que le papa et la maman Goéland ont découvert leurs petits, au moment de l’éclosion.

Papa et/ou maman allaient chercher de quoi nourrir la marmaille et faire taire leurs cris de crécelle.

– Faites des gosses, qu’ils disaient, se rappelait le papa. Mais bon courage pour les premières semaines ! Ça braille à tout bout de nid et ça ne pense qu’à bouffer !

Dans des instants de lassitude, la maman pleurait délicatement. Allait-elle tenir encore longtemps ?

Une fois qu’ils ont suffisamment grossi, l’heure de l’école de l’air a sonné.

Parmi les petits, il y en avait un, plus rond que les autres, qui aimait se prélasser dans le nid, à lire inlassablement le nom de l’hôtel en face.

Les autres étaient en mouvement permanent ; marcher sur l’arête du toit, sous l’œil bienveillant de leur mère.

Le père eut une drôle d’idée : jongler négligemment avec ses petits. Celui qu’il lâcherait malencontreusement aurait l’opportunité d’évaluer sa capacité à déployer ses ailes et battre l’air de toutes ses forces. Sinon, il serait condamné à chanter vigoureusement pour qu’on vienne le chercher sur le trottoir. Sauf s’il était lâché au-dessus d’une cheminée, et qu’il se couvre de suie en ramonant le conduit.

Le plus fainéant de tous courait rarement autour des cheminées ou sur les toits. Avec les brindilles qui constituaient le nid, il construisait des répliques des immeubles devant lui.

Ses frères et sœurs se moquaient de ce goéland différent. Peu à peu, l’idée de l’évincer terriblement du nid commençait à germer.

La maman désespérait de voir grandir ce Tanguy inattendu. Qu’allait-elle faire de lui ? Elle chercha à la motiver en lui dispensant des cours particuliers.

– Tu marches de plus en plus vite, et une fois qu’il n’y a plus rien sous tes pattes, tu étends tes ailes, et hop, tu voles !

– C’est flippant, répétait Junior.

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