La position du guerrier

Inspirer intentionnellement. Expirer exponentiellement. Respirer réellement. Recommencer. Monter jusqu’à quatre, bloquer, descendre jusqu’à quatre, bloquer.
Mettre un pied devant l’autre et compter un, deux, trois, quatre. Claquer les talons. Balancer les bras, comme un soldat encore debout.
Solène s’arrête devant un stop invisible, à une intersection dans sa tête. Elle regarde autour d’elle : un champ de blé, des vignes aux feuilles roussies, une étendue d’eau. Enfin, c’est sa réalité virtuelle. En vrai, elle a un building devant, un autre à gauche, un pont à droite. Du Gustave Eiffel et autres constructeurs de Lego.
Elle rêve de gambader sur des chemins ensoleillés, nu-pieds dans l’herbe folle, comme la chèvre de Monsieur Seguin. Un sourire se dessine sur le visage de Solène. Oui, marcher pieds nus, c’est un plaisir coupable. Exactement ce dont elle a besoin en ce moment : un ancrage au sol et la tête dans les nuages. Ce serait une manière de se sentir grande, majestueuse, vivante en somme.
L’œil grand ouvert, elle modifie à nouveau son environnement, comme un écran qui changerait de chaînes. Elle voit des vagues, l’horizon, du sable fin, des dunes, des cerfs-volants rattrapés par de longs fils.
Solène entend un coup de klaxon qui l’extirpe de sa plage. Ça s’envenime entre le chauffeur et un piéton avec un casque vissé sur la tête. Solène se demande : pourquoi a-t-il traversé sans regarder ?
Alors elle perd un peu pied. Elle voudrait repartir dans une autre réalité, sans violence, sans nuisance sonore, sans souffrance, sans douleur.
Un, deux, trois, quatre.
Un, deux, trois, quatre.
Solène repart en mode soldat, toujours debout, même pas mal.
Dans sa prochaine réalité, le soleil va bientôt se coucher. Elle aime les couleurs qu’il offre avant de tirer sa révérence, la chaleur et la douceur qui en émanent.
Elle n’est ni près d’un champ, ni à la plage, ni au milieu des buildings dans cette réalité. Où est-elle ? Elle ne cherche pas à savoir. Elle s’accroche au ciel, au soleil qui lui envoie ses derniers rayons pour réchauffer son cœur.
Elle flotte. Elle fait un signe de la main puis aperçoit l’arrivée d’un autre astre qui lui sourit tendrement.
Solène attend que cette lune rose soit pleine. Elle lui confiera ses rêves, ses chimères. Elle lui demandera de garder ses secrets. Elle osera aussi lui emprunter sa plume et laisser glisser son stylo sur une page blanche à la lueur de cette lune inspirante.
Seraient-ce des mots alignés sans queue ni tête, juste pour le plaisir des yeux de Solène ? Ou serait-ce un nouveau best-seller ? On ne savait pas.
Solène s’endort sur ces feuilles où une encre violette a coulé. C’est une encre magique, demain, quand elle reviendra à la réalité, tout aura disparu.

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