Une chèvre qui tombe, ça n’existe pas. Une chèvre, ça ne tombe pas, à la rigueur, ça trébuche. Une chèvre, ça s’agrippe, ça monte partout. Une vieille chèvre peut-être, et encore, une vieille chèvre choisirait un terrain plus plat pour ses vieux jours.
Une chèvre, ça se moque des randonneurs qui glissent sur les pentes abruptes, une chèvre ça mange des brassées de fleurs et rigolent des marcheurs qui perdent l’équilibre sur des rochers humides. Mais une chèvre, ça ne tombe pas, ça se saurait, on s’en souviendrait éternellement, on serait l’homme ou la femme qui a vu l’homme qui a vu la chèvre et on deviendrait célèbre qui lentement envahit la vallée. A l’heure d’internet, il faudrait mieux filmer une chèvre qui tombe. Ça serait bien plus moderne, un film, une musique entraînante et envoyé c’est pesé, sur l’internet, pour récolter des petits cœurs. Une chèvre qui tombe, ça n’existe pas dit le titre, alors on regarde en boucle, c’est si amusant la chute d’un animal, peu importe qui il est. Tous les passants se moquent en regardant leur téléphone et en trébuchant à leur tour le trottoir en jurant, regardant à droite et à gauche espérant que personne ne les filme.
Mais tout ça n’arrive pas, parce que tout le monde le sait, une chèvre ça ne tombe pas, ça trébuche à la rigueur, surtout si c’est une vieille chèvre, alors qu’un homme ça trébuche facilement surtout si c’est un vieil homme. C’est de ça dont tu voulais parler ? C’est pour cela que tu donnais tant de mal, que tu faisais autant de circonvolutions ? Un vieil homme ça trébuche, ça tombe encore plus quand c’est ton père, quand tu le l’a pas vu venir, un homme ça tombe, même lentement, surtout quand c’est ton père, on préfèrerait qu’il soit une chèvre, parce qu’une chèvre qui tombe, ça n’existe pas.

Dans l’écriture, il y a une échappatoire à la réalité.
Passionné de nouvelles, lecteur de nouvelles du monde entier, j’aime écrire les quotidiens, les petits détails, les fêlures des personnages.
Vous retrouverez des nouvelles gagnantes de concours, publiées dans des revues ou coup de coeur sur mon blog d’écriture : www.herissontapageur.net
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quel texte touchant. Bon comparer une chèvre à son père fallait oser!!!…
mais quelle image incroyable pour raconter la perte d’agilité de ses ainés.
et puis avec ce refrain de la chèvre qui ne tombe pas, c’est une lente descente rythmée.
Bravo