C’est une brasserie connue des personnes qui comptent dans la ville. Les grands auteurs comme les avocats y ont leur rond de serviette. Ce mardi-là, le commissaire Jansac y déjeune avec le préfet. Ils ont réservé une table dans l’arrière-salle, loin des regards.
Malgré le brouhaha de l’heure de pointe, quelques bribes de conversation parviennent à leurs oreilles.
– Tu sais Chouchou, j’ai essayé de l’empoisonner plusieurs fois !
– Oui, je sais, j’étais là. Et cela n’a pas réussi.
– Attends ! J’ai trouvé sur internet un mélange d’une efficacité diabolique.
– Vraiment ? Raconte !
– Pas ici…
Le Préfet Martin a gardé les couverts sur la table pendant qu’il écoutait, les sourcils froncés. Jansac connaît cette mimique ; le préfet est inquiet.
– Eh bien mon vieux ! T’en tires une tête ! On dirait que tu as entendu des radicalisés planifier un attentat.
– T’es con ! Pas ici… Rejoins-moi dans la voiture dans 5 minutes.
– Mais… je n’ai pas fini mon poulet chasseur… et mes frites ?!
– A part bouffer, tu es flic, je te rappelle.
5 minutes plus tard, dans la voiture du préfet.
– T’as un doggy bag ? Le commissaire Jansac sort d’une brasserie étoilée avec un doggy bag ? Retiens-moi, ou je t’écrase mon point sur la gueule.
– Calmos, monsieur le Préfet ! Alors, c’est quoi cette conversation secret défense ?
– J’ai entendu une femme, genre grande bourgeoise blonde avec une rivière de diamants autour du cou, dire à un homme qu’elle appelle Chouchou qu’elle préparait un empoisonnement.
– Et… ?
– Jansac ! C’est peut-être une affaire très sérieuse !
– Tout de suite les grands mots ! Répète-moi rigoureusement ce que tu as entendu.
– J’ai mieux ! J’ai enregistré.
– Hein ? T’es pas un peu parano ?
– Non ! Je te rappelle que c’est ici qu’on a coincé Dédé la tortue vicieuse et Arthur Delépée. Le gang des Lupanars, ça te parle ?
– Je n’étais pas né, mais oui, j’en ai entendu parler… Allez ! Lance le son.
– … Je n’en peux plus Chouchou ! Elle me harcèle jour et nuit. Même, elle me nargue avec ses petits yeux malicieux. Ça suffit, il faut que je m’en débarrasse !
– T’as demandé aux voisins ? Ils ne peuvent pas faire venir Casimir ? Chez le boulanger, il t’a réglé l’affaire en une nuit.
– Non… Je suis en litige avec Florence, la fille. Depuis quelques semaines, elle est insolente de mensonges répétés. Je te le dis, Chouchou, cette fille est une harpie. Elle va semer le trouble sous mon toit. Elle a commencé en séduisant mon fils. Et après ? Elle est dangereuse, je te le dis ! Elle étudie la psychologie. Tu entends ça ? Elle va nous analyser tous !
La suite des échanges est inaudible.
– Alors Jansac, t’en penses quoi ?
– Sincèrement ? Rien. C’est une tarée.








