Se parler

Dans la famille, chacun peine à parler. A parler de ce qui compte vraiment. A chaque fois qu’Emilie dit que sa famille, on ne parle pas, tout le monde la regarde stupéfait. En effet, ce que les gens voient c’est une famille bruyante qui échangent tout le temps. Et c’est vrai mais tout reste en surface. Ils ne parlent pas de leurs sentiments, des pensées qui dérangent, des rêves profonds. Le moulin à parole ne s’arrête jamais pour parler de sa journée ou d’anecdotes mais c’est tout. Pour Emilie, parler beaucoup n’est pas forcément communiquer efficacement. Au-delà du flot des paroles, les sentiments sont creux. Depuis qu’elle a eu cette révélation, elle les regarde tous gesticuler mais elle ne se sent pas connecter à sa famille. Elle voudrait pouvoir partager le mélange d’émotions qui n’est pas facile à dire. Se sentir écouter et épauler pendant ses moments de doute. Trouver une épaule quand la vie est dure. Mais non, il faut faire semblant que tout va bien, que tout le monde s’entend. Alors elle écrit pour sortir les choses de son cœur et de son cerveau.

« Les mots ne s’alignent pas aujourd’hui. La brume du cerveau ne se dissipe pas. Le message se perd dans les lignes. Pourtant, je sais que j’ai des choses à dire. Pourtant je sens les histoires se débattre. Pourtant j’ai envie d’entendre le stylo gratter à toute vitesse. C’est rare mais il y a plus de ratures que de mots écrits. C’est rare, mais je passe plus de temps le stylo suspendu. C’est rare mais je n’ai presque pas envie de lire mon texte. Malgré tout, je persévère. Malgré tout, j’aligne les mots. Malgré tout, je me creuse la tête. Est-ce que le résultat plaira? Est-ce que ce texte a un sens ? est-ce que j’en serais fière ? Ce n’est finalement plus vraiment la question. Il s’agit de laisser se dénouer les neurones. Il s’agit d’entrainer la créativité. Il s’agit d’avoir quand même le plaisir d’écrire. Ecrire pour écrire. partager pour partager. Evacuer l’émotion sans la reconnaitre. Pour une fois, je compte les minutes. pour une fois, je regarde dans le vide pour trouver l’inspiration. Pour une fois, l’écriture n’est pas fluide. J’accueille le doute. j’accueille l’émotion. J’accueille la fatigue.

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