La peur venait d’en-dessous. Comme quand André était enfant. A l’époque, la nuit, il imaginait, il sentait bel et bien -il n’aurait pas su dire ce qu’il entendait par sentir, mais c’était plus fort qu’imaginer, pas de doute-, il sentait, donc, le croquemitaine sous son lit. C’était Monsieur Croquemitaine, très précisément. Il l’avait vu sur une image d’Epinal qui venait de sa grand-mère, ou même son arrière-grand-mère, il ne savait plus. Sur les images, il y avait aussi une Madame Croquemitaine, mais il s’y était peu intéressé : elle avait l’air de s’acharner surtout sur les petites filles. Son mari, en tout cas, pouvait vous enlever et vous conduire dans une hutte délabrée vaguement chauffée par un vieux poêle à l’ancienne, alimenté par des jouets, et vous y faire subir les pires traitements.
Dans l’instant présent, toute la question était de savoir comment se comporter. A l’époque, dans un premier temps il remontait les couvertures jusqu’au raz du nez. Sans effet, évidemment. En quoi cela pouvait-il dissuader M. Croquemitaine de sortir de sa cachette, sous le lit ? Ensuite, la peur devenait meilleure conseillère. Le bon sens lui revenait d’un coup. Le problème, c’était le noir. Donc, d’un geste décidé, il sortait un bras entier et écrasait à deux doigts l’interrupteur de la lampe de chevet.
Bonne méthode à l’époque, soit, mais cette fois rien ne prouvait que le geste aurait le même effet. La magie pour enfants ne fonctionnait pas nécessairement pour un adulte. On pouvait craindre, au contraire, que la lumière ne vous mît face au danger.
Bonne conseillère ou pas, il n’écouta pas sa peur. Au bout de quelques minutes passées à épier le bruit métallique qui montait du rez-de-chaussée, comme si quelqu’un marchait dans une armure, il alluma sa lampe de chevet. Ce qu’il avait commencé en mettant la lumière, il fallait bien le continuer. Il descendit donc précautionneusement l’escalier, en évitant la marche qui craquait. Il fallait apprécier le danger sans se montrer, et il pourrait toujours remonter s’il apparaissait que telle était la ligne de conduite la plus sûre.
Les portes de toutes les pièces du rez-de-chaussée étaient fermées, c’était une précaution obsessionnelle qu’il observait chaque soir. Il hasarda un coup d’œil à travers le trou de la serrure du séjour. Rien. Le bruit venait de plus loin. Il avança jusqu’à la séparation entre le salon et la salle à manger. A travers l’étroite fente entre les panneaux coulissants, il perçut, plus haut que ses yeux, l’éclair d’un reflet. Or la lumière était éteinte. Seule explication plausible, l’éclairage de la rue devait se refléter sur un objet métallique.
On le tenait -particulièrement les on féminins- pour un homme extrêmement rationnel. Excessivement, même. Avec ces on féminins, il s’efforçait donc de donner une certaine rondeur à ses propos et de faire passer la raison pour du bon sens partagé. Mais seul, il abordait les problèmes avec des raisonnements tranchants comme une lame de rasoir. Reflet la nuit égale métal. Cohérent avec le bruit métallique. Très peu de lumière égale vision nocturne. Lunettes à infra-rouges, peut-être. Reflet plutôt en hauteur égale grand objet. Mais quel grand objet en métal ?
Il avait beau tourner la chose dans tous les sens, il ne voyait guère qu’une conclusion : grande chose avec reflet métallique en hauteur égale robot. Il continua à raisonner. Cela faisait longtemps qu’on avait abandonné les robots en métal, même léger. Ils n’étaient jamais très ressemblants. Or les directions du marketing, après des débats animés et des tests de marché approfondis, avaient tranché entre les deux écoles qui s’affrontaient : le robot à peine humanoïde, pour éviter que le client n’y projette trop de sentiments humains, avait été éliminé au profit de l’imitation aussi parfaite que possible. Bref, un robot moderne pouvait difficilement produire des reflets métalliques.
Au mépris des leçons de morale de sa grand-mère, qui professait que la curiosité était un vilain défaut, il décida d’en avoir le cœur net. Il élargit l’entrebâillement entre les panneaux, puis ouvrit franchement.
Le robot se figea. Il était bien en aluminium, un peu chromé. Un look de robot d’usine, avec des articulations visibles. Il tenait un bibelot à la main, qu’il paraissait regarder avec curiosité, si tant est qu’on puisse repérer une expression dans des yeux à facettes, semblables à ceux d’une mouche, tels qu’on peut les voir sur une microphotographie.
Un instant, le vieux croquemitaine se réveilla. André se mit à imaginer une mouche géante, de la taille du robot, qui aurait attendu dehors, dont les yeux auraient été bien plus grands que ceux du robot, et dont les poils auraient eu un contact répugnant. Il dissipa cette image en clignant des yeux à plusieurs reprises. Ce n’était pas le moment de perdre ses esprits.
Le robot s’immobilisa un instant. Puis la pince à deux pouces et quatre doigts qui lui tenait lieu de main s’ouvrit, et le bibelot tomba au sol. Par chance, c’était un vase de métal revêtu d’émail cloisonné, ramené d’Asie Centrale, et, sinon qu’il clinqua fort désagréablement en heurtant le sol, il n’y eut aucun dommage.
Malgré la théorie qui veut qu’un robot domestique soit programmé pour ne jamais attaquer un humain, il y avait quelque chose de dérangeant dans son comportement. Fallait-il lui parler ?
André commençait certainement à être troublé, car il posa une question parfaitement stupide. Non pas, par exemple, « Que faites-vous chez moi ? », mais « Vous cherchez quelque chose ? ». Le robot ne répondit pas -parlait-il, du reste ?-, mais il parut entendre : avec des mouvements saccadés de la tête, il orienta les yeux dans toutes les directions. Sa tête pouvait tourner à trois cent soixante degrés, ce qui déclencha chez André des frissons bizarres dans les vertèbres cervicales. Pour autant, il ne répondit pas. André, un peu inquiet malgré sa rationalité, ou à cause d’elle, fit demi-tour, et passa dans la cuisine. Il n’en sortait aucun bruit, ce qui avait un côté rassurant.
Pourtant, quelqu’un y était assis, un octogénaire chenu qui déchiffrait un document posé sur la table. Sur la page ouverte, André ne vit que des colonnes de chiffres. Le vieillard avait des expressions qui rappelaient un personnage de cinéma, se dit André dont le cerveau, une nouvelle fois, fut parcouru par l’image du croquemitaine. Ce qui l’aida à identifier le personnage : c’était le docteur Folamour, aucun doute.
L’impression se confirma. Le vieillard n’était pas muet. D’une voix teintée d’un accent et d’intonations aux relents de nazisme, il déclara :
– Ne vous inquiétez pas, je procède seulement à une petite expérience.
A ce moment précis, le bruit reprit dans le salon. Bien plus que des cliquetis, la rumeur d’une tornade engloutissant la pièce dans son tourbillon. Aperçu par la porte entrouverte, le spectacle apocalyptique confirma l’impression sonore. Le robot balayait de ses pinces tous les meubles et étagères, comme un joueur de tennis fouettant alternativement coups droits et revers. Le sol se jonchait de débris.
C’était trop. Le malheureux André claqua la porte du séjour et boucla la cuisine. Il ne lui restait que la fuite. Vers le haut, ou vers l’extérieur ? Le jardin, qui s’ouvrait sur la rue, lui sembla un meilleur choix. Il ouvrit la porte principale. Aussitôt, il se retrouva nez à nez avec une mouche géante. Celle qu’il avait imaginée. Les mandibules de la bête étaient énormes, et tant l’orientation des yeux qu’un balancement caractérisé de la tête laissaient présager une attaque.
Heureusement, ce spectacle s’estompa. Le champ de vision d’André devint flou. D’abord zébré d’un grand éclair vitreux, comme dans une migraine ophtalmique, puis totalement absorbé par un brouillard blanchâtre où la mouche se dissolvait. André perdit toute sensation.
Un moment après il revint à lui en hurlant. Pendant que ses idées lui revenaient, une silhouette se découpa à contrejour devant ses yeux, d’abord confuse, comme dans ces films où un personnage comateux revient à lui, puis plus nette. Une voix féminine se détacha.
– Un cauchemar sans doute ? Je me suis permis de monter un café. Un ristretto m’a paru adapté à la situation.
André avait devant lui les formes rassurantes, nettes désormais, de Laura, sa domestique humanoïde. Les croquemitaines s’éloignaient. Il tendit la main vers la tasse salvatrice.
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PUBLICATIONS DES PARTICIPANTS
J’ai fréquenté durant plusieurs années les ateliers d’écriture Sous les Toits de Cécile et Philippe, que je viens de retrouver en novembre avec Les Petits Papiers. Depuis la pandémie, je me suis lancée un peu plus « sérieusement » dans l’écriture et mené certains projets à bien. Après « le Fils de l’autre », que j’ai déjà présenté sur ce blog, « Avenue du Père-Lachaise » est mon deuxième roman. Il est né de ce qui devait, au départ, être un recueil de nouvelles. Celles-ci étaient souvent liées les unes aux autres en une sorte de « suite », je les ai remaniées pour en faire cet OLNI (objet littéraire non identifié), qui a trouvé son éditrice, les Editions Marie Romaine, https://www.editionsmarieromaine.fr/. Ce roman choral est sorti en janvier 2024. En voici le pitchDeux femmes, trois hommes, un lieu : le cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Au fil de ce roman, des vies se télescopent, des destins se lient, des êtres se trouvent ou se séparent. Les personnages rebondissent d’un chapitre à l’autre, tous réunis dans cette mystérieuse nécropole par l’absence, le manque, le deuil, l’espoir d’une renaissance. Si la mort a un jour croisé leur chemin et redessiné leur parcours, sa présence n’arrive jamais à obscurcir cette valse mi-joyeuse, mi-tragique, au terme de laquelle l’un d’eux va disparaître.Et le lien pour découvrir le livre : https://www.editionsmarieromaine.fr/product-page/avenue-du-p%C3%A8re-lachaise-monique-blond Merci pour votre lecture !
La danse du papillon provient d’un texte court produit pendant un atelier d’écriture que j’avais suivi il y a une trentaine d’années. Par la suite, j’ai repris cet écrit à plusieurs reprises, tout en rédigeant d’autres textes sans rapport avec cette ébauche. C’est plus tard que, disposant de temps et de disponibilité d’esprit, j’ai ressorti de mon ordinateur les brouillons successifs du petit texte initial pour travailler encore et encore une histoire dont je ne savais pas très bien où elle allait. Et petit à petit, quelque chose a commencé à prendre forme, qui s’était éloigné du tout premier texte d’atelier, qui puisait aussi dans d’autres textes moins anciens et se nourrissait de fragments nouveaux, parmi lesquels des ébauches écrites pendant des séances de l’Atelier sous les toits. Le soir, des personnages s’invitaient dans mes rêveries, rechignant parfois contre ce que je venais de leur faire faire ou contre le prénom que je leur avais donné, formant petit à petit l’histoire à ma place. Je griffonnais quelques notes et le lendemain, j’essayais de traduire ces notes en écriture… essais parfois fructueux, pas toujours ! Parvenir à la forme aboutie de La danse du papillon m’a pris plus de six ans. Si je reviens sur ce travail d’écriture, je peux distinguer plusieurs aspects. D’abord, le travail de la phrase : portée à écrire de longues phrases pleines de digressions et d’incises dans tous les sens, j’ai dû énormément les retravailler. Pendant plusieurs années, j’écrivais chaque jour un ou deux paragraphes, ou seulement deux ou trois lignes, et je les raturais et les réécrivais indéfiniment les jours suivants en me disant que c’était nul, et moi avec. L’écriture de La danse du papillon m’a servi d’exercice d’écriture mais aussi, en étant aussi quotidiennement présente, m’a coupée d’autres formes, comme par exemple la forme poétique dont je me suis éloignée à regret. Ensuite le travail de la structure : comment organiser l’histoire, présenter les évènements, ménager un certain suspens. Longtemps, le récit n’avait aucune structure, probablement aussi parce que les grandes lignes de l’histoire n’étaient pas encore clairement définies. Puis, quelque chose a « pris » et la structure est apparue. Evidemment, je n’avais pas fait de frise chronologique et mes personnages apparaissaient n’importe quand, à rebrousse-temps : pourquoi pas, en théorie, un récit temporellement déstructuré, mais cela ne se prêtait pas à l’histoire que je voulais raconter. Je me suis donc emmêlé les pinceaux jusqu’à ce que ça tienne à peu près et que je déclare la structure achevée. Désireuse d’en finir, je n’ai pas écouté la petite voix intérieure qui tentait de me dire qu’en fait la structure était bancale. Cécile, à qui j’ai confié la relecture de la première version de ce récit dans le cadre de l’Atelier Face à Face, m’en a aussitôt fait la remarque. Il a fallu me remettre à la tâche, couper, tailler et retailler et m’apercevoir qu’avec la nouvelle combinaison, ça ne collait plus, des évènements se produisent dans le mauvais sens, des gens mouraient avant d’être nés etc…. Finalement, ça c’est fait, en quelques mois. La manuscrit terminé, j’en ai éprouvé à la fois de la joie et de la légèreté. Je n’avais pas l’idée que cet écrit puisse être publié. Je l’ai offert à mes proches en format A4 et c’est de mon entourage qu’est venu l’encouragement à chercher un éditeur… J’ai mis du temps à faire la démarche, je ne me sentais pas légitime et je me demandais ce qu’un bouquin de plus viendrait ajouter à des masses et des masses de livres publiés chaque semaine…. Nombreux ont été les refus implicites (pas de réponse sous 4 mois signifie un refus) et les refus par courrier, certains assortis de commentaires encourageants, jusqu’à ce que les éditions de l’Harmattan acceptent de le publier. Je continue à me demander si publier est une fin en soi : ce qui a compté le plus, c’est d’avoir écrit. Mais maintenant, je ne peux plus faire abstraction du fait que ce livre est publié et c’est vrai que savoir son texte lu par d’autres yeux, d’autres oreilles, par des âmes éloignées que l’on ne connaît pas, et parfois en recevoir un témoignage, c’est tellement fort ! D’une certaine façon, on en fait l’expérience à une autre échelle en atelier d’écriture ou dans le blog de l’Atelier : le partage de ce que l’on a écrit, le retour des lecteurs ou des auditeurs (selon la forme de l’atelier) est une expérience du risque, de la remise en question mais aussi du partage et de la joie. La danse du papillon se commande dans toutes les librairies, sur les sites de vente en ligne et sur le site des éditions de l’Harmattan : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_danse_du_papillon_aliette_zumthor_sallee-9782140294846-74491.html
Tout est parti d’un courrier de lecteur, découvert en septembre 2019 : un professeur de physique-chimie reconnaît, dans sa classe, le fils de son ancien harceleur, qui ressemble trait pour trait à son père. Il s’inquiète auprès de la psychologue de sa réaction possible envers cet élève : ne sera-t-il pas tenté de lui faire payer les persécutions du père, même inconsciemment ? La thérapeute lui répond, entre autres choses, qu’il y a là matière à écrire un roman ! Le samedi, à l’atelier Petits Papiers, chez Cécile et Philippe, je choisis d’écrire un texte inspiré de cette histoire, au gré des fameux « petits papiers ». Les retours plutôt positifs m’encouragent à peaufiner à la maison ma nouvelle Le Portrait de son père, que j’envoie à trois ou quatre revues. L’envie d’aller plus loin ne me quitte pas et je m’inscris à un atelier Premier Roman (en formation pro), pour transformer la nouvelle en roman. En avril 2020, la revue Brèves m’appelle pour m’informer qu’elle souhaite publier Le Portrait de son père dans son numéro 116 (collectif « Jeunesse »). Cela renforce encore ma motivation pour le roman, dont j’achève le premier jet en juin. Je poursuis la réécriture les mois suivants. En plus des retours obtenus en atelier, je fais « diagnostiquer » mon texte en janvier 2021 par un site professionnel, puis, après l’avoir remanié, je commence à envoyer mon manuscrit à des éditeurs en septembre 2021, assorti d’une lettre de présentation longuement travaillée, d’un synopsis, etc. Je continue mes envois jusqu’en mars 2022. Sur la quarantaine d’éditeurs contactés, j’obtiendrai six réponses, toutes négatives, mais parfois encourageantes (quand même !). Enfin, en avril 2022, un éditeur (IGB) me téléphone : il a aimé mon roman, mais attend d’avoir l’avis de son comité de lecture et de son associée pour me donner un accord définitif. La même semaine (!), les Editions Il est Midi me contactent à leur tour pour me proposer directement un contrat. C’est avec eux que je signe, en juin 2022. Mon roman, le Fils de l’autre, sort le 10 octobre. L’expérience a été intéressante, même si le livre n’est vendu que sur commande (en librairie, à la Fnac, chez Amazon et sur tous les sites marchands), donc peu visible. Par ailleurs, Il est Midi n’organise pas de dédicaces et ne participe pas à des salons. Enfin, je n’ai jamais rencontré mes éditeurs, nous n’avons échangé que par mail et au téléphone. J’ai donc réalisé moi-même mon dossier de presse et obtenu deux chroniques (sur Femina.fr et Télé-7-Jours) et deux interviews. Un club de lecture, à Pierrefonds, m’a également invitée à une journée de présentation, et je me suis inscrite à deux salons en 2023 (réponse en attente). L’aventure continue, sans bruit, mais c’est formateur… Encore merci à Cécile et Philippe, dont l’atelier Petits Papiers m’a permis de poser les jalons de mon projet. Je leur ai même volé une très jolie phrase, tirée au hasard des « petits papiers » et que j’ai gardée dans le roman, bien évidemment ! Monique Coant-Blond Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à aller sur mes pages Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100082078084319 et Instagram https://www.instagram.com/emsie_blond/?hl=fr ou, pourquoi pas, sur le site de l’éditeur https://editions-il-est-midi.eproshopping.fr/1740324-LE-FILS-DE-L-AUTRE-Monique-Coant-Blond
LIVRES AIMÉS
J’ai aimé l’atmosphère; j’ai souri ; j’ai admiré le style; j’ai râlé de frustration lorsque je découvrais les personnages petit à petit et non bien campés en début de livre ; j’ai frémi devant le suspens de l’histoire et des personnages; je me suis laissée bercer par l’ambivalence constante entre rêve et réalité; j’ai été touchée quand j’ai enfin compris les visites d’amitié et de souvenirs de ce groupe hétéroclite et j’ai même versé une larme en refermant le livre.
En passant dans le rayons BD (au RDC, pour les grands, pas au 3e chez les enfants) d’une médiathèque, je me suis arrêtée sur Profession du père, de Sébastien Gnaedig. C’est une adaptation du roman de Sorj Chalandon. Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas lu la version sans images. Mais la version adaptée a renforcé l’envie de la découvrir, même si je peux m’attendre à une violence accrue. En noir et blanc, en quelques dessins, l’intensité est présente. La dérive d’une homme dans une période sombre de l’histoire de France. « Les événements » dans nos livres d’histoire, pour ne pas dire « la guerre » d’Algérie. Je ne sais pas ce qu’en pensent celles et ceux qui ont lu S. Chalandon. Cette adaptation est une introduction, une ouverture. Profession du père est publié aux éditions Futuropolis en 2018.
Le point de départ de l’auteure est que nous avons été, ou serons, toutes et tous un jour confrontés à la mort de notre mère. La narratrice, journaliste célibataire de 31 ans, décrit ce qui l’oppose à sa sœur, mariée, 2 enfants. Leur mère meurt brutalement. Assassinée. Le lecteur suit avec la narratrice l’enquête, les arrangements pour vider la maison, ce que deviennent les relations familiales et sociales lorsque l’on perd sa mère aussi dramatiquement. Des secrets vont au fil des pages transformer des vérités jusqu’ici bien établies. Il y a beaucoup d’humour dans ces pages. Et des rebondissements. Le récit m’a parlé, souvent. Mère disparue est paru en 2007, édité par les éditions Philippe Rey.
Trois livres en forme de trilogie de Deborah Levy, auteure sud-africaine vivant en Grande-Bretagne : Le goût de la vie, Ce que je ne veux pas savoir et Etat des lieux. Les ouvrages sont traduits par Céline Leroy. Une écriture très ancrée dans la vie, mais en même temps très subtile, où l’auteure à la fois s’interroge sur la présence du passé dans le présent, et très souvent décale notre regard sur des évènements très simples et quotidiens pour en dégager un aspect neuf. Elle y excelle lorsqu’elle questionne, sans verser dans la démonstration, les rapports de genre, son travail d’écrivaine, ses rêves non réalisés. Elle est souvent drôle, légère et toujours intéressante. Merci à la traduction excellente.
Le cercle des menteurs ou Contes Philosophiques du monde entier rapportés par Jean-Claude Carrière. Habituellement, le terme de « contes philosophiques » me donne envie de rebrousser chemin car c’est un genre dont le ton appuyé, l’intention de donner des leçons produit souvent des textes ennuyeux et « voulus » (ce n’est que mon avis !). Ici, c’est tout le contraire : histoires courtes, du conte à la blague, racontées avec le brio qu’a Jean-Claude Carrière pour s’exprimer. Si l’on connait sa voix, on a l’impression en lisant qu’il est présent et qu’il conte à haute voix. Le premier comme le deuxième tome sont des régals. (en photo le deuxième tome)
Un texte très court (78 pages) sur la maladie contractée à son travail par le père du narrateur. Ce que j’ai aimé dans cette écriture, c’est que sous l’apparente pauvreté émotionnelle du texte, l’auteur, en nous livrant la stricte description des faits et gestes des protagonistes, sans à aucun moment ne juger quiconque, nous laisse toute la place pour mobiliser notre propre émotion et penser par nous-mêmes.
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