Il est l’heure de faire la sieste. Celle du matin ou celle de l’après-midi, cela dépend de la météo. Comme le parc est fermé, il a fallu ajouter une troisième sieste. Théo s’indigne, le visage en point d’interrogation. « Fermé parc ? », a-t-il répété et questionné. Il n’a reçu qu’un haussement d’épaules comme réponse.
Il a été placé dans son lit, en couches uniquement, parce qu’il fait vraiment trop chaud. Théo n’a pas sommeil. Il suit son mobile, cligne à peine des yeux. Il attend que le silence se fasse dans la maison pour tenter l’échappée de son lit à barreaux. Il ne voit pas le mal partout. Bien, au contraire. À son âge, l’exploration est un passage obligé.
Théo se hisse de ses bras dodus, lance sa jambe gauche, soulève le reste de son corps. Il glisse de l’autre côté des barreaux, lentement, sûrement et surtout silencieusement. Il est libre, enfin libre. Il avance prudemment, réfléchit à son objectif : jouer.
Il commence par pousser et aligner des voitures, ça ne fait pas de bruit, c’est une excellente idée. Il a réussi à créer un embouteillage de petites voitures. Un sourire se lit sur son visage. Il relâche son attention lorsqu’il saisit le bus alphabet. À peine les roues tournent-elles que la musique se met à tonitruer. Théo avait bien pensé à ne pas utiliser le camion de pompiers pour son jeu, mais il avait oublié que ce bus jaune était un juke-box ambulant. Vite, il court pour le remettre loin de son serpentin de voitures.
Il espère que personne n’a entendu. Peut-être vont-ils croire que le bus s’est enclenché tout seul. Il regarde autour de lui. Comment pourra-t-il justifier l’étalage de voitures sur tout le sol ? Il réfléchit, fronce les sourcils et décide de retourner dans son lit. Il fera semblant de dormir et, si on lui demande comment les voitures se sont retrouvées là, il haussera les épaules, sans plus d’explications.
Le retour dans son lit est un peu plus compliqué, il n’a pas les mêmes appuis. Dès qu’il arrive à poser un pied sur le rebord, la bascule est immédiate et il s’enfonce dans le matelas.
Les yeux mi-clos, Théo entend une porte s’ouvrir. Il ferme les yeux très fort. Il entend un aïe étouffé puis des tintements de voitures que l’on replace délicatement dans leur boîte de rangement. Le passage étant libéré, une main douce et chaude se pose sur sa tête et ses joues, puis il sent un bisou sur son front. Les pas s’éloignent, Théo attend quelques secondes avant de rouvrir les yeux.
Quelqu’un éternue dans la maison. Il y a de la poussière dans l’air. Et beaucoup de pollen aussi. Les fenêtres sont jaunies à l’extérieur. Est-ce à cause du pollen que le parc est fermé aujourd’hui ?
Théo se lève, se tient debout et saute sur son matelas en rythme. Dans sa tête, il chante. Dans ses jambes, il danse. Ça va, pense-t-il, ça ne fait pas trop de bruit.
Par la fenêtre, le ciel est bleu comme ses yeux. Une mouche tente une entrée, mais la fenêtre aussi est fermée. Il y a trop de choses fermées, se dit Théo : le parc, la fenêtre, son lit, la boîte où sont rangées les voitures, la porte de sa chambre. Comment explorer quand tout est fermé, ça n’a pas de sens.
Il prend son doudou, le fixe droit dans les yeux. Il entre en grande conversation avec lui. Quand il le passe sur sa joue, il l’entend murmurer dans son oreille : pour être libre, il faut se détacher de la réalité. Dans tes rêves se trouvent les réponses à tes questions. Les rêves, eux, ne haussent jamais les épaules.
Théo demande : « Fermé parc ? » à son doudou. Le doudou répond :
« C’est peut-être à cause de moi, tu sais. Je suis tombé trop de fois de la poussette et j’ai failli ne jamais te retrouver. Je t’entendais pleurer et je ne pouvais rien y faire. J’étais là, par terre, à côté du banc, sur le petit carré d’ombre, caché aux yeux de tous.
Une fois, c’est le gardien du parc qui m’a retrouvé. Il a été gentil tu sais parce qu’il a appelé le numéro inscrit sur mon étiquette. J’ai entendu des soupirs de soulagement, et puis on est venus me chercher. J’ai passé une heure à tourner, dans un sens, dans l’autre, dans la machine à laver. Je te faisais coucou à chaque fois que je passais devant le hublot pour que tu ne pleures pas, pour te dire, ne t’inquiète pas, je suis là, je sors bientôt et je vais sentir super bon. Et toi, mon petit Théo, tu ne pleurais pas, tu attendais juste que je te fasse un signe à chaque passage. Ta petite main tapait le hublot pour me dire au revoir, et quand je réapparaissais, tu applaudissais.
Est-ce que tu te souviendras de ces moments-là quand tu grandiras ? Arriveras-tu toujours à garder ton esprit libre, ton âme d’explorateur. Théo, du fond de mon cœur en textile doux, je te souhaite d’avoir toujours une porte ou une fenêtre ouverte sur l’horizon, même quand on doit tout fermer. »
La respiration de Théo s’est ralentie. La main de Théo a lâché sa prise. Le doudou se retrouve allongé à côté. Il regarde Théo dormir sereinement.
Dehors, la corde à linge est agitée par le vent. Ça fait une douce mélodie. La température extérieure baisse un peu, la petite brise apporte de l’air tant attendu.
La sieste fut courte. Théo s’est fait surprendre. Il se réveille, se lève, tente un chouinement. Des pas approchent. Il entend : « Tu as bien dormi mon cœur ? On va pouvoir aller au parc tout à l’heure et regarder le feu d’artifice. Tu vas voir, c’est très joli, il y a plein de couleurs, et ça fait boum, boom, très fort, plus fort que ton bus alphabet. »
Théo ne comprend pas tout, il sait juste que cela annonce une nouvelle aventure à vivre. Il est tellement content qu’il se met debout sur son lit et rebondit sur ses jambes musclées pour exprimer sa joie. Des bras l’attrapent et le sortent du lit. Il se colle sur l’épaule, frotte ses yeux. Des mains lui tendent un biberon qu’il termine à la vitesse de l’éclair. Sur la table à langer, des doigts habiles déscratchent sa couche. Il profite de ces quelques secondes de nudité totale.
La lingette fraîche le chatouille. Il a envie de rester tout nu encore. Il a le répit des bisous sur le bidon, des poutous, poutous sur ses petons. Il entend : « mon grand garçon », et puis encore des bisous. C’est fou tant d’amour. Mais pour Théo c’est juste normal. C’est merveilleux, les premières années d’une vie.
Dans la poussette, Théo reste sage, malgré la couche, le body et surtout la sangle qui le retient dedans. Que de contradictions cette vie entre la liberté et la constante fermeture des portes. Il aura appris cela très tôt : il faut se battre pour gagner sa liberté. C’est tout de même bizarre de passer par la guerre, la révolte, la révolution pour clamer sa liberté.
Aujourd’hui, c’est son anniversaire, il a atteint la majorité. Il ne se souvient pas de ce tout premier feu d’artifice qu’il a vécu, cette toute première fois. Avait-il eu peur, avait-il été émerveillé ? Aujourd’hui encore ce sont ces deux émotions qui se mélangent.
Théo se demande si on revit toujours la même émotion que celle qu’on a vécue la première fois que cela s’est produit.
Son besoin de liberté est toujours aussi vivace. Il fait sauter les barrières invisibles qui se dressent devant lui : réussir ses examens, faire des études, trouver un travail, rencontrer l’amour de sa vie. Tout est-il écrit ainsi ? Il regarde le ciel. Les nuages se lèvent et le bleu réapparaît, aussi bleu que le bleu de ses yeux.
Aujourd’hui, c’est son anniversaire, il est majeur. Il se sent encore enfant, pas tout à fait adulte. Il ne veut pas répondre aux injonctions de la vie. Et s’il prenait une année de césure pour faire le tour du monde ? Il commencerait par quel pays ? Et même s’il voulait partir sur un coup de tête, il lui faudrait faire son passeport avant. Théo a soif de liberté, il a envie d’escalader l’Everest, il a envie d’aller voir les baleines dans l’océan, il a envie d’une plage de sable fin, il a envie d’horizon, de vision, de permission.
C’est l’anniversaire de Théo aujourd’hui et, dans un des paquets cadeaux, il retrouve son doudou, il sent bon. Son odeur, sa douceur lui rappellent des sentiments, des moments de partage qui n’ont pas d’âge. Théo se dit qu’il le mettra dans ses bagages, il lui racontera sa vie, ses péripéties quand il n’arrivera pas à dormir les jours de fortes chaleurs ou les jours où le parc sera fermé.
Il passe le doudou sous son nez, puis sur la joue. Quand il l’approche de son oreille, il l’entend murmurer : « Tu as bien grandi, Théo ». S’agit-il d’une hallucination ? Le doudou n’a pas de bouche, elle est cousue. Comment est-ce possible ? Le réveil sonne, il est temps d’aller à l’école, de réussir son examen qu’il passe le jour de son anniversaire. Cela va-t-il lui porter chance ?
Le doudou chuchote encore un message que Théo peine à distinguer : C’est le premier jour du reste de ta vie. Théo pose le doudou sur son oreiller, lui dit qu’il reviendra ce soir, il lui racontera sa journée comme quand il était tout petit.
Les résultats sont tombés, il est admis. Ce n’est pas vraiment une surprise, mais Théo est tout de même soulagé, comme si c’était la première étape à franchir pour devenir adulte.
Cet été, il a décidé de voyager, au moins un peu. Pour le tour du monde, il avisera. Pour choisir sa destination, il se renseigne sur la météo : Il fait chaud à New York ? Il ne faudrait pas que les parcs soient fermés non plus. Va-t-il partir à l’Est ou à l’ouest ? À combien d’heures de vol ? Il a pu faire son passeport à temps. Son inscription à la fac est validée. Il espère aussi une bonne surprise à la rentrée et s’épanouir dans la voie qu’il a choisie, dont il ne connaît absolument rien. Mais il a envie d’explorer depuis ses tout premiers pas, alors il a choisi une voie qui titille sa curiosité, son envie de voir plus loin, plus grand.
Alors se dit-il à l’Est ou à l’ouest, au sud ou au nord ? Quelle latitude a-t-il pour voyager ? Il a mis un peu d’argent de côté. Il pense naïvement que cela suffira à son exploration. Il ne le sait pas encore, mais il demandera de l’argent à sa mère pour pouvoir vivre ses rêves de liberté ce premier été de sa majorité.
Il ne sait pas non plus qu’elle renoncera à voyager pour lui permettre son exploration du monde. Pour elle, tout ça c’est du passé, sa liberté est vibrante et intérieure, elle explore différemment.
Elle sourira avec beaucoup de tendresse aux photos qu’elle recevra. Une photo d’un arbre géant au pied duquel pose le doudou de Théo. Il y aura aussi des photos avec les personnes rencontrées cet été- là. Des personnes souriantes pour la photo. Elle remarquera la jeune fille de plus en plus présente sur les photos. Elle a des yeux interrogateurs, elle a envie d’y croire, elle a envie d’être acceptée et, en même temps, elle défie du regard : Je suis comme je suis que ça vous plaise ou non.
Elle aime beaucoup l’attitude de cette jeune femme et comprend pourquoi elle fait ce bout de chemin avec Théo. Quand vient la fin de l’été, elle va le chercher à l’aéroport, il a les cheveux ébouriffés, il tire sa valise et celle de la jeune fille. Elle se cache un peu derrière lui, toute empreinte de timidité.
Théo enlace sa mère, lui présente la jeune fille. Enchantée Jenny, salue la mère. Vous avez fait bon voyage ? Allez, venez, on va rentrer prendre un café.
À la maison, la température est douce. Les bagages sont défaits. Le doudou tourne dans la machine à laver. Théo s’assied en tailleur devant le hublot pour surveiller son passage. Jenny s’est assoupie malgré le café. Elle s’est inscrite à la fac et compte bien faire sa vie ici, du moins pour le moment. C’est le destin qui lui a soufflé cette possibilité, car oui tout est possible. Ici ou ailleurs. C’était sa devise depuis toute petite.
La machine à laver est terminée. Théo étend le linge et prend son doudou encore humide. Il sent bon. Quand il le passe sur sa joue, il entend : « Elle a l’air cool. Jenny ». Théo rougit. « Je crois aussi », lui avoue-t-il.
Théo se rend à la cuisine, il prendrait bien un autre café. Sa mère lui caresse les cheveux et lui dit :
– Tu voudrais faire un tour au parc tout à l’heure ? On pourrait aller pique-niquer et boire du rosé à la tombée de la nuit. Ils ont prévu un feu d’artifice ce soir.
– C’est une super idée… Tu as passé un bel été maman ?
– Oui, on a eu un été doux. On a fait quelques barbecues avec les voisins. Tu sais, ils ont construit une piscine en plein air aussi au milieu du parc. C’est très sympa. Ils mettent de la musique, les gens chantent et dansent entre une nage et un plongeon. Ça fait vraiment du bien de voir cette légèreté autour.
– Une piscine dans le parc ?
– Oui, énorme. En hiver, ils ont l’intention de la couvrir pour en faire une patinoire.
– Trop cool.
– Tu veux aller faire une sieste avant de sortir ce soir ? Histoire de reprendre des forces.
– Chais pas. Peut-être. C’est une bonne idée, mais on ne s’est pas vu tout l’été.
– On a encore toute la vie pour se voir. Va te reposer mon grand garçon.
Théo rentre discrètement dans sa chambre pour ne pas réveiller Jenny. Il se déshabille et reste en caleçon. Il pose ses vêtements sur une chaise et aperçoit la boîte de ses petites voitures. Il l’ouvre et les sort une par une. Il les aligne sur le sol comme quand il était petit. Un sourire illumine son visage. Jenny se tourne dans le lit. Il la regarde et décide de la rejoindre pour une sieste de fin d’été.
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J’ai fréquenté durant plusieurs années les ateliers d’écriture Sous les Toits de Cécile et Philippe, que je viens de retrouver en novembre avec Les Petits Papiers. Depuis la pandémie, je me suis lancée un peu plus « sérieusement » dans l’écriture et mené certains projets à bien. Après « le Fils de l’autre », que j’ai déjà présenté sur ce blog, « Avenue du Père-Lachaise » est mon deuxième roman. Il est né de ce qui devait, au départ, être un recueil de nouvelles. Celles-ci étaient souvent liées les unes aux autres en une sorte de « suite », je les ai remaniées pour en faire cet OLNI (objet littéraire non identifié), qui a trouvé son éditrice, les Editions Marie Romaine, https://www.editionsmarieromaine.fr/. Ce roman choral est sorti en janvier 2024. En voici le pitchDeux femmes, trois hommes, un lieu : le cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Au fil de ce roman, des vies se télescopent, des destins se lient, des êtres se trouvent ou se séparent. Les personnages rebondissent d’un chapitre à l’autre, tous réunis dans cette mystérieuse nécropole par l’absence, le manque, le deuil, l’espoir d’une renaissance. Si la mort a un jour croisé leur chemin et redessiné leur parcours, sa présence n’arrive jamais à obscurcir cette valse mi-joyeuse, mi-tragique, au terme de laquelle l’un d’eux va disparaître.Et le lien pour découvrir le livre : https://www.editionsmarieromaine.fr/product-page/avenue-du-p%C3%A8re-lachaise-monique-blond Merci pour votre lecture !
La danse du papillon provient d’un texte court produit pendant un atelier d’écriture que j’avais suivi il y a une trentaine d’années. Par la suite, j’ai repris cet écrit à plusieurs reprises, tout en rédigeant d’autres textes sans rapport avec cette ébauche. C’est plus tard que, disposant de temps et de disponibilité d’esprit, j’ai ressorti de mon ordinateur les brouillons successifs du petit texte initial pour travailler encore et encore une histoire dont je ne savais pas très bien où elle allait. Et petit à petit, quelque chose a commencé à prendre forme, qui s’était éloigné du tout premier texte d’atelier, qui puisait aussi dans d’autres textes moins anciens et se nourrissait de fragments nouveaux, parmi lesquels des ébauches écrites pendant des séances de l’Atelier sous les toits. Le soir, des personnages s’invitaient dans mes rêveries, rechignant parfois contre ce que je venais de leur faire faire ou contre le prénom que je leur avais donné, formant petit à petit l’histoire à ma place. Je griffonnais quelques notes et le lendemain, j’essayais de traduire ces notes en écriture… essais parfois fructueux, pas toujours ! Parvenir à la forme aboutie de La danse du papillon m’a pris plus de six ans. Si je reviens sur ce travail d’écriture, je peux distinguer plusieurs aspects. D’abord, le travail de la phrase : portée à écrire de longues phrases pleines de digressions et d’incises dans tous les sens, j’ai dû énormément les retravailler. Pendant plusieurs années, j’écrivais chaque jour un ou deux paragraphes, ou seulement deux ou trois lignes, et je les raturais et les réécrivais indéfiniment les jours suivants en me disant que c’était nul, et moi avec. L’écriture de La danse du papillon m’a servi d’exercice d’écriture mais aussi, en étant aussi quotidiennement présente, m’a coupée d’autres formes, comme par exemple la forme poétique dont je me suis éloignée à regret. Ensuite le travail de la structure : comment organiser l’histoire, présenter les évènements, ménager un certain suspens. Longtemps, le récit n’avait aucune structure, probablement aussi parce que les grandes lignes de l’histoire n’étaient pas encore clairement définies. Puis, quelque chose a « pris » et la structure est apparue. Evidemment, je n’avais pas fait de frise chronologique et mes personnages apparaissaient n’importe quand, à rebrousse-temps : pourquoi pas, en théorie, un récit temporellement déstructuré, mais cela ne se prêtait pas à l’histoire que je voulais raconter. Je me suis donc emmêlé les pinceaux jusqu’à ce que ça tienne à peu près et que je déclare la structure achevée. Désireuse d’en finir, je n’ai pas écouté la petite voix intérieure qui tentait de me dire qu’en fait la structure était bancale. Cécile, à qui j’ai confié la relecture de la première version de ce récit dans le cadre de l’Atelier Face à Face, m’en a aussitôt fait la remarque. Il a fallu me remettre à la tâche, couper, tailler et retailler et m’apercevoir qu’avec la nouvelle combinaison, ça ne collait plus, des évènements se produisent dans le mauvais sens, des gens mouraient avant d’être nés etc…. Finalement, ça c’est fait, en quelques mois. La manuscrit terminé, j’en ai éprouvé à la fois de la joie et de la légèreté. Je n’avais pas l’idée que cet écrit puisse être publié. Je l’ai offert à mes proches en format A4 et c’est de mon entourage qu’est venu l’encouragement à chercher un éditeur… J’ai mis du temps à faire la démarche, je ne me sentais pas légitime et je me demandais ce qu’un bouquin de plus viendrait ajouter à des masses et des masses de livres publiés chaque semaine…. Nombreux ont été les refus implicites (pas de réponse sous 4 mois signifie un refus) et les refus par courrier, certains assortis de commentaires encourageants, jusqu’à ce que les éditions de l’Harmattan acceptent de le publier. Je continue à me demander si publier est une fin en soi : ce qui a compté le plus, c’est d’avoir écrit. Mais maintenant, je ne peux plus faire abstraction du fait que ce livre est publié et c’est vrai que savoir son texte lu par d’autres yeux, d’autres oreilles, par des âmes éloignées que l’on ne connaît pas, et parfois en recevoir un témoignage, c’est tellement fort ! D’une certaine façon, on en fait l’expérience à une autre échelle en atelier d’écriture ou dans le blog de l’Atelier : le partage de ce que l’on a écrit, le retour des lecteurs ou des auditeurs (selon la forme de l’atelier) est une expérience du risque, de la remise en question mais aussi du partage et de la joie. La danse du papillon se commande dans toutes les librairies, sur les sites de vente en ligne et sur le site des éditions de l’Harmattan : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_danse_du_papillon_aliette_zumthor_sallee-9782140294846-74491.html
Tout est parti d’un courrier de lecteur, découvert en septembre 2019 : un professeur de physique-chimie reconnaît, dans sa classe, le fils de son ancien harceleur, qui ressemble trait pour trait à son père. Il s’inquiète auprès de la psychologue de sa réaction possible envers cet élève : ne sera-t-il pas tenté de lui faire payer les persécutions du père, même inconsciemment ? La thérapeute lui répond, entre autres choses, qu’il y a là matière à écrire un roman ! Le samedi, à l’atelier Petits Papiers, chez Cécile et Philippe, je choisis d’écrire un texte inspiré de cette histoire, au gré des fameux « petits papiers ». Les retours plutôt positifs m’encouragent à peaufiner à la maison ma nouvelle Le Portrait de son père, que j’envoie à trois ou quatre revues. L’envie d’aller plus loin ne me quitte pas et je m’inscris à un atelier Premier Roman (en formation pro), pour transformer la nouvelle en roman. En avril 2020, la revue Brèves m’appelle pour m’informer qu’elle souhaite publier Le Portrait de son père dans son numéro 116 (collectif « Jeunesse »). Cela renforce encore ma motivation pour le roman, dont j’achève le premier jet en juin. Je poursuis la réécriture les mois suivants. En plus des retours obtenus en atelier, je fais « diagnostiquer » mon texte en janvier 2021 par un site professionnel, puis, après l’avoir remanié, je commence à envoyer mon manuscrit à des éditeurs en septembre 2021, assorti d’une lettre de présentation longuement travaillée, d’un synopsis, etc. Je continue mes envois jusqu’en mars 2022. Sur la quarantaine d’éditeurs contactés, j’obtiendrai six réponses, toutes négatives, mais parfois encourageantes (quand même !). Enfin, en avril 2022, un éditeur (IGB) me téléphone : il a aimé mon roman, mais attend d’avoir l’avis de son comité de lecture et de son associée pour me donner un accord définitif. La même semaine (!), les Editions Il est Midi me contactent à leur tour pour me proposer directement un contrat. C’est avec eux que je signe, en juin 2022. Mon roman, le Fils de l’autre, sort le 10 octobre. L’expérience a été intéressante, même si le livre n’est vendu que sur commande (en librairie, à la Fnac, chez Amazon et sur tous les sites marchands), donc peu visible. Par ailleurs, Il est Midi n’organise pas de dédicaces et ne participe pas à des salons. Enfin, je n’ai jamais rencontré mes éditeurs, nous n’avons échangé que par mail et au téléphone. J’ai donc réalisé moi-même mon dossier de presse et obtenu deux chroniques (sur Femina.fr et Télé-7-Jours) et deux interviews. Un club de lecture, à Pierrefonds, m’a également invitée à une journée de présentation, et je me suis inscrite à deux salons en 2023 (réponse en attente). L’aventure continue, sans bruit, mais c’est formateur… Encore merci à Cécile et Philippe, dont l’atelier Petits Papiers m’a permis de poser les jalons de mon projet. Je leur ai même volé une très jolie phrase, tirée au hasard des « petits papiers » et que j’ai gardée dans le roman, bien évidemment ! Monique Coant-Blond Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à aller sur mes pages Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100082078084319 et Instagram https://www.instagram.com/emsie_blond/?hl=fr ou, pourquoi pas, sur le site de l’éditeur https://editions-il-est-midi.eproshopping.fr/1740324-LE-FILS-DE-L-AUTRE-Monique-Coant-Blond
LIVRES AIMÉS
J’ai aimé l’atmosphère; j’ai souri ; j’ai admiré le style; j’ai râlé de frustration lorsque je découvrais les personnages petit à petit et non bien campés en début de livre ; j’ai frémi devant le suspens de l’histoire et des personnages; je me suis laissée bercer par l’ambivalence constante entre rêve et réalité; j’ai été touchée quand j’ai enfin compris les visites d’amitié et de souvenirs de ce groupe hétéroclite et j’ai même versé une larme en refermant le livre.
En passant dans le rayons BD (au RDC, pour les grands, pas au 3e chez les enfants) d’une médiathèque, je me suis arrêtée sur Profession du père, de Sébastien Gnaedig. C’est une adaptation du roman de Sorj Chalandon. Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas lu la version sans images. Mais la version adaptée a renforcé l’envie de la découvrir, même si je peux m’attendre à une violence accrue. En noir et blanc, en quelques dessins, l’intensité est présente. La dérive d’une homme dans une période sombre de l’histoire de France. « Les événements » dans nos livres d’histoire, pour ne pas dire « la guerre » d’Algérie. Je ne sais pas ce qu’en pensent celles et ceux qui ont lu S. Chalandon. Cette adaptation est une introduction, une ouverture. Profession du père est publié aux éditions Futuropolis en 2018.
Le point de départ de l’auteure est que nous avons été, ou serons, toutes et tous un jour confrontés à la mort de notre mère. La narratrice, journaliste célibataire de 31 ans, décrit ce qui l’oppose à sa sœur, mariée, 2 enfants. Leur mère meurt brutalement. Assassinée. Le lecteur suit avec la narratrice l’enquête, les arrangements pour vider la maison, ce que deviennent les relations familiales et sociales lorsque l’on perd sa mère aussi dramatiquement. Des secrets vont au fil des pages transformer des vérités jusqu’ici bien établies. Il y a beaucoup d’humour dans ces pages. Et des rebondissements. Le récit m’a parlé, souvent. Mère disparue est paru en 2007, édité par les éditions Philippe Rey.
Trois livres en forme de trilogie de Deborah Levy, auteure sud-africaine vivant en Grande-Bretagne : Le goût de la vie, Ce que je ne veux pas savoir et Etat des lieux. Les ouvrages sont traduits par Céline Leroy. Une écriture très ancrée dans la vie, mais en même temps très subtile, où l’auteure à la fois s’interroge sur la présence du passé dans le présent, et très souvent décale notre regard sur des évènements très simples et quotidiens pour en dégager un aspect neuf. Elle y excelle lorsqu’elle questionne, sans verser dans la démonstration, les rapports de genre, son travail d’écrivaine, ses rêves non réalisés. Elle est souvent drôle, légère et toujours intéressante. Merci à la traduction excellente.
Le cercle des menteurs ou Contes Philosophiques du monde entier rapportés par Jean-Claude Carrière. Habituellement, le terme de « contes philosophiques » me donne envie de rebrousser chemin car c’est un genre dont le ton appuyé, l’intention de donner des leçons produit souvent des textes ennuyeux et « voulus » (ce n’est que mon avis !). Ici, c’est tout le contraire : histoires courtes, du conte à la blague, racontées avec le brio qu’a Jean-Claude Carrière pour s’exprimer. Si l’on connait sa voix, on a l’impression en lisant qu’il est présent et qu’il conte à haute voix. Le premier comme le deuxième tome sont des régals. (en photo le deuxième tome)
Un texte très court (78 pages) sur la maladie contractée à son travail par le père du narrateur. Ce que j’ai aimé dans cette écriture, c’est que sous l’apparente pauvreté émotionnelle du texte, l’auteur, en nous livrant la stricte description des faits et gestes des protagonistes, sans à aucun moment ne juger quiconque, nous laisse toute la place pour mobiliser notre propre émotion et penser par nous-mêmes.
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