Cette semaine, un typhon s’est abattu sur moi, un virus très contagieux. Tellement malade qu’on m’a isolé. Plus de repère. Déjà que tout se mélange et s’estompe dans mon esprit.
On me soigne bien. Mais enfin ils sont là pour ça. Je les paye.
Bon, personne n’est venu me voir. Mes enfants m’oublient. Oui, j’ai des enfants. Je ne sais plus combien. 2 filles ? 3 garçons ? On m’a demandé comment s’appelait ma femme. Je ne sais plus. Françoise? Armelle ? Les visages se superposent. Marie, celle qui vient tous les jours et qui m’apporte mes repas ? Elle est gentille. Martine ? Celle-là, j’laime pas ! Elle veut toujours me lever, me faire marcher. Elle m’embête. Je la repousse mais elle est costaud.
Heureusement j’ai mes cousins. Ceux avec qui je fais de la barque sur la Seine. Ca fait un moment que je ne les ai pas vus pourtant. Eux aussi me lâchent ? Non, ils sont venus hier. On a bien ri.
Une femme m’a apporté des chocolats la semaine dernière. Elle a un faible pour moi. Ah, toutes ces femmes, c’est agréable; elles prennent soin de moi. Ca m’évite de tout faire moi-même. Enfin, je crois que je dors souvent. C’est reposant. Et puis de toutes façons, il n’y a pas grand-chose à faire.
Je vois bien mais tout est flou. Ils n’ont pas dû allumer la lumière.
J’ai toujours mon piano. Je ne peux plus en jouer mais j’interdis à quiconque d’y toucher. C’est le mien. Celui que ma grand-mère m’a donné quand j’avais 15 ans. Mais il a rétréci. Il n’y a plus que le clavier.
Tout est étrange. Je perds mes dents, mes cheveux, ma vue. Mais les médecins ne font rien. A quoi servent-ils ?
Je ne sais plus mon âge Ils m’ont dit que j’allais sur mes 96 ans. Ils se trompent. Mais je m’en fou ! Je vais bien mais ils ne le savent pas. Adieu la vie. Salut à tous !








