Léa et les manchots 1

Brancher.Débrancher. Donner l’apparence de la vie. Se confronter au coma.prendre des décisions. Annoncer à une mère, un compagnon, une sœur que c’est fini, que le cerveau ne fonctionne plus, même si le cœur continue à battre artificiellement. Observer leur larmes avec un certain détachement. Doser distance et empathie, afin de pouvoir dormir la nuit. Subir les interminables discussions des familles adeptes d’une religion , sur la mort, le cœur, l’arrêt des fonctions cérébrales.
Un dimanche, dans le calme des matins où tout l’immeuble fait la grasse matinée, penchée sur sa table basse pour servir le thé, Léa décida d’arrêter tout ce cirque. Trois aides soignants avaient craqué dans la semaine et n’étaient pas revenus. Il était temps de partir.
Plusieurs possibilités s’offraient à elle. Partir seule sur le chemin de la petite coquille. Pas vraiment envie. Prendre des cours de yoga en Inde. Sans doute ennuyeux et contraint. Louer un bateau, trouver un skipper.au- dessus de ses moyens.
Distraitement elle ouvrit son ordinateur. Une heure plus tard, elle avait postulé pour un poste de médecin sur la base Dumont- Durville , en antarctique. Les parents inquiets, les grands- mères sceptiques, les deux frère assez jaloux, rien ne la fit changer d’avis.
Deux semaines plus tard le logo bleu de la base apparut sur son écran. Sa candidature était retenue, elle était convoquée pour les ultimes entretiens.
Quatre mois et quelques formations complémentaires plus tard la voilà installée dans une minuscule cabine d’u n petit brise glace rouge qui file droit vers l’antarctique, entre les gros blocs de glace vagabonds. C’est l’été et leur fonte recompose le paysage d’heure en heure. Ciel d’un bleu d’acier et l’immensité blanche jusqu’à l’horizon et bien au- delà. Des jours de voyage depuis la Tasmanie. Une joyeuse ambiance entre les scientifiques, les plongeurs, les cuisiniers, les mécaniciens. Ça boit sec, ça discute et la nuit, sur le pont, tous observent des constellations inconnues, des étoiles nouvelles.
Les assiettes glissent, le café se renverse lorsque la glace livre bataille au bateau.
Et puis un jour enfin, le but. Enfin la base et ses bâtiments rouges
Où ils seront hébergés plus d’une années.
Leurs cœurs hésitent entre l’exaltation et une légère appréhension. Finalement l’émerveillement balaye tout. Les manchots leur font une haie d’honneur en se dandinant.on débarque le matériel. On salues l’équipe qui va repartir après avoir transmis les consignes. Dans cette blancheur qui efface tout, Léa respire à plein poumons et se sent à sa place.

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