La rose peinte est la seule chose visible de la pièce. Il fait sombre dehors mais une lumière au-dessus du tableau permet de toujours la voir. On ne distingue donc que les courbes roses des pétales. Le tranchant marron des épines. la ligne verte de la tige. Elle est si réaliste qu’on pourrait presque sentir son doux parfum emplir la pièce. Je fais un pas vers la peinture comme hypnotisée. Je ne peux détacher mon regard. Je veux absorber chaque détail. Je veux pouvoir la visualiser plus tard les yeux fermés. Je veux penser à nouveau à ce tableau dans longtemps et garder le sentiment qui m’habite. En avançant, je remarque qu’il n’y a pas que la fleur dans la peinture. En arrière-plan, à gauche, se tient un seul oiseau. Je ne distingue pas bien à quoi il ressemble mais il a l’air aussi fasciné que moi par cette rose. Tout à coup, toutes les lumières s’allument. Je dois fermer les yeux rapidement pour ne pas être éblouie. J’entends des pas derrière moi puis une voix.
« Pourquoi tu n’as pas allumé ? «
Je me retourne en ouvrant les yeux et avec Simone se tient une personne que je reconnais mais dont je ne trouve pas le nom. Je ne réponds pas mais attends les présentations.
« Tu te souviens du Professeur Brooks ? »
Mon esprit m’envoie un flash d’un prof debout devant des dispositives. Je tends ma main vers lui.
« Bien sûr, le cours d’art italien? Comment allez-vous ? »
Pendant l’échange de banalité, je me retourne discrètement vers le tableau. Il parait fade sous la lumière du plafonnier et au milieu des meubles et des bibelots. Je ne retrouve pas cette sensation qui m’avait empli il y a quelques instants. Ma tante ne semble pas remarquée mon désarroi mais j’observe un sourire au coin des lèvres du professeur.
« Tu veux manger ? Enfin tu veux rester manger avec nous ? »
Je hoche la tête plus par habitude que par réelle envie de passer la soirée avec eux. Et je sais que cela ravie Simone quand elle peut me montrer à ses connaissances. Avec mon acquiescement, elle part en cuisine ajouter un couvert. J’en profite pour étudier à nouveau le tableau. L’oiseau ressort beaucoup plus et la composition devient bancale. Les couleurs de la rose paraissent pales et non plus éclatantes. Je sens le professeur se rapprocher pour observer avec moi.
« Ca part jamais. »
Je me retourne avec un regard interrogateur.
« Ce tableau est magnifique dans le soir avec peu de lumière mais parait terne en plein jour. Cette sensation de perte en le voyant ne part jamais. »








