Une vague de froid s’est abattue sur la ville.
Dans son palais, Donald se moque : « Fake news, le réchauffement climatique ! Je vous l’avais bien dit ! En été il fait chaud, et en hiver il fait froid ! ».
On n’en tirera rien de plus, passons à autre chose.
Un grand manteau blanc habille l’Italie pour l’hiver. Ça tombe bien ; il s’y déroule des Jeux Olympiques.
Quelques manifestants ont semé le trouble, pour perturber les sportifs et le public.
Luigi, élégant quadragénaire à la barbe noire, est facilement saisi par le froid. Il inspecte le village olympique, de l’extérieur, entre 2 et 4h du matin. Son collègue Marco assure la sécurité du rez-de-chaussée de l’immeuble occupé par la sélection italienne.
– Marco ? Tu m’entends ? Je viens de faire le tour de l’immeuble des américains. A part 3 frites plantées dans la neige, rien à signaler.
Le talkie-walkie de Marco grésille.
– Mamma mia ! Que c’est bon ! s’exclame le vigile.
– Marco ? Qu’est-ce que tu fous ?
– Hé ! Je mange des rigatoni sur le tapis dans un sas, pardi !
– Tu quoi ?
– J’allais faire ma pause quand je suis entré avec mon panier-repas dans le sas du PC sécurité. Et boum ! Ça a disjoncté. J’ai poussé de toutes mes forces pour ouvrir. En vain. On va pas laisser refroidir la pasta de Giuseppina, alors, en attendant, je mange.
Luigi avale difficilement sa salive.
– Tu as appelé qui ? Giovanni est de garde… ne me dis pas qu’il dort ! Mais c’est quoi cette bande de bras cassés ?! J’arrive !
Luigi présente son badge devant le lecteur du bâtiment. Un voyant rouge s’allume.
– Mierda ! Je n’ai pas les accréditations pour rentrer. Je vais réveiller Giovanni. Ça va chauffer !
Les sonneries du téléphone s’évanouissent dans la nuit noire.
Un élan passe, suivi d’un écureuil, d’un geai bleu et d’une marmotte.
– Les soirées de l’ambassadeur, c’est par où ? demande l’élan. Il paraît qu’on y déguste des graines délicieuses.
Éberlué, Luigi répond :
– Oui, première à gauche, marchez 300m et ensuite c’est au 2e étage de l’immeuble aux briques rouges.
Luigi secoue la tête énergiquement.
– J’hallucine ! J’imagine que des animaux me parlent. Bon, qui je peux appeler maintenant ?
Il fait défiler la liste des contacts de son téléphone.
-… Léon… Qui c’est ? Bah, au point où j’en suis, je vais tenter le coup.
– Vatican bonjour ! Que puis-je faire pour vous ?
– Ouais, c’est Luigi Rosso, de Cortina. Léon est là ?
– Ne quittez pas je vous le passe !
– Je t’écoute, mon fils.
– C’est le bazar, Léon ; Marco est coincé dans un sas et je ne sais plus qui contacter pour le libérer.
– Je parlerai de toi à notre Père.
– Cool ! C’est sympa.
Luigi raccroche. Ses ressentiments sont apaisés. Il n’en veut à personne. Quand Giovanni se réveillera, il ira secourir Marco, coincé dans son sas. Il avait des vivres, c’est l’essentiel.
Le temps a défilé, les délégations ont quitté leurs bâtiments pour explorer les pistes de la station. Le maillot bleu vif des supporters italiens contraste avec le blanc de la neige.
Luigi sait que d’ici 1 heure ou 2, il pourra partir en balade, laisser émerger un foisonnement d’idées, pour prévenir les risques lors de la nuit prochaine. Désactiver les sas, ressortir les clés pour ouvrir les portes, obliger Giovanni à cheminer avec lui, quitte à nommer un adjoint pour le maintenir en éveil.
Cela tombe étonnamment bien ; les carabiniers de Milan viennent d’accueillir un chiot, baptisé Rantanplan. Et il a besoin de s’habituer à la compagnie des hommes. Il sera donc le collègue canin de Giovanni, avec pour mission de l’empêcher de s’endormir.
Les saboteurs ne peuvent plus dormir sur leurs 2 oreilles ; Rantanplan est dans la place.








