Une dernière pente

Le skieur regarde la pente, abrupte, devant lui.

Il a la trouille chevillée aux skis.

La peur de sa vie.

Il hésite.

S’il avait un traîneau, il dévalerait avec aisance. Mais il porte un dossard de skieur professionnel, des millions d’yeux l’observent, des milliards de flocons tassés attendent de se faire glisser dessus.

Romuald inspire, expire, inspire et croque dans un biscuit qu’il vient de sortir de sa poche secrète. Son coach est vert de rage.

Romuald ! Tu pars dans 30… 29… 28… 27… secondes !

Romuald déguste le biscuit les yeux clos ; les dents entament le sablé avec une infinie douceur. Le bonheur de cette pause lui procure une sensation de papillons dans le ventre. Ça y est, il est amoureux de sa petite galette !

Un coup de sifflet sur la piste brise son souvenir d’enfant insouciant libre de tomber dans la neige.
Il faut descendre à fond la caisse ; son envie de renoncer est bafouée.
Il n’a pas le droit de dire stop.
Il n’a pas le droit de dire non.
Il rapporte trop d’argent à ses sponsors.

 

Quelques mètres après la ligne d’arrivée, il déchausse ses skis et part sans se retourner.

 

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