Le mystère de la boite

Nessa tourne encore et encore la boite dans ses amins. un rectangle étroit et long en vois avec un couvercle coulissant. Elle hésite à l’ouvrir. A-t-elle vraiment envie de savoir ce qu’il se trouve à l’intérieur ? Depuis qu’elle l’a reçue, il y a une semaine, elle n’ose pas. Elle s’imagine tous les scénarios possibles. Elle a rapidement éliminé qu’elle soit vide au vu du poids et du son. Puis elle a pensé à des bijoux. Puis à de la monnaie. Plusieurs fois, elle a décidé que c’était maintenant puis au moment de glisser le couvercle, elle reposait systématiquement la boite. Encore aujourd’hui, elle repose la repose au centre de l’étagère. Elle l’observe un instant comme si elle allait révéler ses secrets, mais il n’y a aucun indice sur son contenu. Elle détourne le regard et aperçoit le soleil par la fenêtre. Nessa décide alors de sortir prendre l’air, loin de cette fichue boite.

Une fois dehors, le soleil lui tire immédiatement un sourire même si l’air est encore froid. Elle décide de prendre le chemin de la forêt. Au départ, elle se concentre sur ses pas et la nature. Puis elle laisse son esprit vagabondé. De pensées en pensées, elle revient inévitablement à la boite. Au détour du chemin, elle passe le petit pont et s’arrête pour observer l’eau qui coule. Elle la ramène au coup de téléphone qui amena la boite. Un appel inattendu de sa grand-mère qui apporta un héritage inattendu. La tante Lucienne lui avait légué une boite que le notaire devait lui envoyé. En continuant sa balade, Nessa se remémore les moments passés avec la tante Lucienne. ils n’étaient pas nombreux mais ils avaient ponctué son enfance de rire et de gâteaux en forme de bouton. Elle ne la voyait que l’été quand ils allaient à la montagne voir ses grands-parents. Elle adorait courir dans le jardin avec ses cousins. Dévoiler la pente en roulade. Faire tourner l’eau dans la piscine. Mais toujours venait le moment où elle avait besoin de silence et de calme. Alors elle partait dans le village jusqu’à la maison de la tante Lucienne. Une fois arrivée, elle hésitait toujours avant d’entrer. Elle ne voulait pas déranger. Mais la tante Lucienne avait un sixième sens. A chaque fois, Nessa entendait « Viens entre ! » avant même d’avoir la main sur la poignée. Elle poussait la lourde porte et entrait dans la vieille maison en pierre. Il y faisait toujours sombre et frais. Un petit havre de paix après le soleil de l’été. La tante Lucienne était souvent dans la cuisine à préparer des gâteaux. alors Nessa s’asseyait autour de la table et l’observait. Parfois, elle l’aidait. Parfois, elle dessinait en silence; Parfois, elles jouaient ensemble. Mais toujours elle repartait le cœur plus léger.

Au milieu des grands arbres, Nessa laisse couler les souvenirs de son enfance puis adolescence. Après les visites s’étaient espacées. Elle allait à chaque fois boire le café quand elle passait à la montagne. jusqu’au moment où elle n’y allait plus. Au début, elle essayait d’appeler régulièrement puis la vie a pris le dessus. Quand elle a reçu la nouvelle de son décès, Nessa s’est rendu compte qu’elle n’avait pas entendu le son de sa voix depuis 2 ans et vu son visage depuis 5 ans. alors la honte s’était mélangée à la tristesse. Les deux sentiments se battent encore dans sa tête et son cœur. en écoutant le bruit étouffé de ses pas sur le sol, Nessa sait que c’est la raison pour laquelle elle n’arrive pas à ouvrir la boite. Elle ne la mérite pas. Elle n’a pas été là pour la fin de sa vie. Elle ne lui a pas rendu tous les bonheurs qu’elle avait reçu. Elle est tellement absorbé qu’elle ne rend pas compte qu’elle a traversé la forêt. Jusqu’à ce que le soleil l’éblouisse à nouveau et qu’elle voit au loin l’ombre noire des collines.

Elle reste de longs instants à l’orée du bois. Entre les deux, perdue dans les sentiments changeants de son cœur. Peut-être que si elle continue, elle s’éloignera à tout jamais de cette boite et de ce qu’elle lui évoque. Comme si elle pouvait échapper à sa petite voix intérieur. Celle qui lui dit qu’elle déshonore la tante Lucienne à refuser son héritage. Celle qui lui dit que ce n’est pas à elle de décider ce qu’elle mérite. Celle qui lui dit de faire demi-tour pour faire face à la vie. Nessa prend une profonde inspiration et se reconnecte à son corps. Elle détend à un à un les muscles tendues par ses pérégrination mentales. Elle laisse la petite voix chasser les doutes. Puis elle fait demi-tour. Elle prend son temps. Elle profite de la nature et du moment présent. Comme s’il n’y avait rien qui l’attendait au bout du chemin. A chaque pas, sa détermination grandit. Jusqu’à la porte de sa maison. Les derniers pas deviennent hésitant et son choix vacille. Mais la petite voix ne lui permet plus de se dérober. Nessa tourne la poignée et entre dans la maison. Elle prend à peine le temps de se dévêtir avant de se planter devant l’étagère.

Un long moment, elle fixe la boite. Elle n’a plus le choix aujourd’hui elle l’ouvre, mais elle cherche encore le courage de le faire. La honte et la peur la paralyse à deux pas de cette boite. Elle sait qu’elle prend trop à cœur toute cette histoire mais elle ne peut empêcher les pensées de tourner dans sa tête. Elle sait que si elle n’arrête pas le tourbillon elle va y sombrer. le bord se rapproche de plus en plus. Ses mains tremblent et son corps se raidit. C’est stupide, se répète-t-elle encore et encore. Ce n’est qu’une boite. Elle va plonger dans le néant de son cerveau quand soudain une sensation la tire hors de sa tête. Une sensation douce sur son mollet. Un frottement d’un côté puis de l’autre. Elle se penche machinalement pour attraper le chat. Elle le serrer contre elle et enfoui sa tête dans sa fourrure. Elle a de la chance car comme à chaque fois, il ne résiste pas. Elle sait qu’il n’aime pas particulièrement cela, mais toujours il la laisse faire attendant qu’elle se lasse. Comme s’il savait qu’elle en a besoin. Sa respiration se calme et elle sort de sa tête. Il la regarde, habitué à ses crises. Il tend sa tête vers elle et la fait glisser sur sa joue. Sa façon de faire des bisous. Nessa dépose un baiser sur sa tête poilue puis le repose au sol. Elle le regarde se poser dans le fauteuil et entamer sa toilette. Fier du devoir accompli.

Elle se retourne vers la boite. Ses mains encore tremblantes la prennent. Plus d’hésitation ni de demi-tour. Elle l’emmène vers la table et la pose. Elle tire la chaise et s’assoit. Le chat la dévisage curieux. Lui aussi attend qu’elle se décide. Alors elle tire doucement le couvercle pour le faire glisser dans les rainures. Elle retient son souffle. Elle est prête à tout et rien. Puis un à un, le couvercle dévoile de petits rectangles blancs parsemés de points noirs. Nessa sent montée le rire en elle. Il part du creux de son estomac et dénoue tout sur son passage. Elle le laisse sortir et emplir la pièce. Elle dépose le couvercle à côté sur la table. Puis elle tend sa main pour en sortir un de la boite. Un flash apparait dans sa tête à cet instant. Une bribe de souvenir perdu. Elle a environ 10 ans assise à la table de la tante Lucienne. Un jeu de domino sur le dessus. La nième partie de l’après-midi. Nessa était fascinée par les dominos qui avaient tous au dos un dessin. Chacun était unique et magnifique, mais surtout assemblés ils en formaient un autre comme un puzzle. Elle se souvient que cet été là, soit elle jouait avec la tante Lucienne aux dominos, soit elle faisait le puzzle, soit elle reproduisait les dessins. Mais toujours, la boite était sortie sur la table. En jouant, le tante Lucienne lui racontait toutes les parties qu’elle avait faites avec ses frères et sœurs. Plus tard, elle lui avait dit que le jeu de dominos était un héritage de famille. Un cadeau un jour ramené d’un pays lointain. La tante Lucienne avait toujours un peu l’air triste en parlant d’héritage. Nessa avait mis longtemps à comprendre que c’était parce qu’elle n’avait personne à qui le transmettre.

Elle continue à sortir les dominos un à un de la boite jusqu’à ce qu’elle soit vide. Puis sa main rencontre un morceau de papier plié dans le fond. Elle le sort avec délicatesse et le déplie. « Je sais que tu en prendras soin. Lucienne. » Nessa permit enfin aux larmes de couler le long de ses joues. Elles emportent la honte et la tristesse. Elles révèlent enfin la profondeur de l’affection d’une enfant. Affection qui n’a jamais disparu. Elle s’est juste retrouvée masquée par les obligations et la vie. Elle replie le papier et le remet dans la boite. Puis à travers le flou des larmes, elle retourne les dominos. Chacun représente un animal particulier de la montage dans son habitat naturel. Ils se déclinent des dégradés de bleu, vert et marron, avec un détails en dorure sur chacun. Une fois tous retournés, elle commence à les assembler pour former le puzzle. Les bords ont une légère bordure blanche et chaque domino à un détail commun avec celui d’à côté. A cet instant, c’est comme si la tante Lucienne était là avec elle, guidant sa main. Elle se laisse envahir par tous les souvenirs mis de côté. Les discussions. Les conseils. Les rires. Et la certitude profonde que la tante Lucienne l’attendait avec autant d’impatience qu’elle. Elle ne laisse pas le regret de se rendre compte de l’importance ce cette relation trop tard ternir la beauté des instants vécus. Pour autant, elle range cette leçon dans un coin de sa tête. Toujours accessible. Pour ne pas refaire la même erreur. Nessa regarde l’image au centre de la table. Elle a perdu un peu de ses couleurs et des ses dorures à force de manipulation mais on discerne toujours le paysage de montagne et chaque animal. Elle hésite à le laisser en exposition puis décide que non. Comme la tante Lucienne, elle le partagera avec la personne qu’elle aura choisi. En attendant, elle le remet dans la boite et la redépose dans l’étagère. En vue pour ne pas oublier.

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