Le tronc d’arbre

Un tronc échoué sur une plage, un couple qui s’y réfugie. Cet instant volé au temps, cet instant est le dernier. Plus jamais ils ne seront ensemble, dans les bras l’un de l’autre, loin du monde et des autres. Demain chacun reprendra, seul, le chemin de sa destinée. La plage restera déserte, le tronc d’arbre sera repris par les fortes vagues, flottant au loin. Seuls quelques rochers se souviendront de cette passion dévorante qui les anéantit.

Chacun donc reprend sa vie ; voilà Paul qui emmène les enfants à l’école. Sa fillette est toute heureuse de lui raconter comment ils ont peint les murs de l’école. Mais Paul n’écoute pas, Paul rêve à sa Virginie. Juste avant leurs adieux ils étaient allés visiter ce village imaginaire, ce villages de bobos. Cette caricature d’artistes qui se disent géniaux parce qu’ils fixent quelques échelles sur des panneaux en béton…

Et Virgine se retrouve avec mari et enfants, à visiter des pierres millénaires,  entourée de touristes gras, l’appareil photo ballotant sur leur ventre libidineux, le visage cramoisi, dégoulinant de sueur. Le guide à l’accent impossible, érudit mais sans humour, ne l’intéresse pas. Virginie n’a qu’une envie, quitter sa famille, quitter cette colonie de touristes en goguette et retrouver les bras de Paul, les mains de Paul, le corps de Paul, son odeur, sa force, sa présence  si envoûtante.

Virginie s’éclipse discrètement pour entrer dans la petite église qui jouxte le site archéologique. Elle allume une petite luciole, s’assoit sur le banc bancal, dans la fraîcheur des pierres. Cette fraîcheur la transporte dans l’instant vers la plage désertée, vers la souche abandonnée qui recueillit leur dernière étreinte.

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