Margaret

Depuis qu’elle a commencé ce nouveau travail, Margaret a complètement changé. Finies les soirées entre copines et les séances de shopping entre midi et deux. Depuis qu’elle a signé pour un CDI de 70 heures par semaine – sous la dénomination charmante de « statut cadre » – son rythme de vie est totalement bouleversé. A force de rester statique toute la journée, elle a vu sa silhouette s’épaissir comme les nuages de ce mois de février. Elle, autrefois si élégante, est désormais saucissonnée dans sa blouse. Son embonpoint augmente comme le cours de sa bourse mentale tant le stress est omniprésent.

 

Il faut dire que personne ne l’aide à freiner ses allers et retours au garde-manger. Peu à peu elle s’est isolée. Le poids de la solitude prend alors tout son sens. Bien sûr, elle a cherché à reprendre un rythme normal à plusieurs reprises, cherchant à surveiller son alimentation pour éviter les fringales. Elle a même payé une fortune un programme de suivi nutritionnel pour se sevrer des aliments trop sucrés et trop caloriques.

 

Margaret se dit tous les jours qu’elle aurait mieux fait de suivre la voie dont sa petite soeur lui avait parlé ! C’est vrai, à quoi bon étudier et étudier sans relâche, abandonner ses loisirs pour obtenir le meilleur diplôme, rendre fiers les parents et jaloux les camarades ? A quoi bon intégrer le poste le plus prestigieux, si c’est pour croupir et se métamorphoser d’une aussi monstrueuse manière ? Non, vraiment, Margaret aurait du suivre Alice, au moment où celle-ci lui criait de la suivre dans le terrier du lapin blanc ! Certes, elle avait suivi les deux protagonistes des yeux, l’une à la tignasse blonde et rebelle, et l’autre au pompon blanc et pressé; pour autant elle n’avait pas osé s’aventurer par-delà le portail enchanté.

 

Depuis, quand, après onze heures passées devant son ouvrage, elle repense à cette fameuse journée où elle a vu sa soeur pour la dernière fois, elle divague dans ses plus idylliques pensées en imaginant toutes les merveilles de l’autre côté de la serrure.

Ce contenu a été publié dans Atelier au Long cours, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire