Sortie de gare

Le long des rails de coke-licots

Il boit de ses grands yeux le champ-agne

Il se délecte des mets-lodies

Titubant de son corps mou-vementé

 

Dans son monde tout est beau

L’herbe est bleue et l’amour est blanc

La radio chantait « tu verras, tu verras »

A ce stade ses pupilles sont tellement dilatées

Qu’il ne voit plus rien

 

Alors il rêve

Il se souvient du café de dix heures

Du gobelet en carton qui lui faisait horreur

Il se souvient de la cadence du toner

« Bourrage papier, remplacer la cartouche couleur »

Il se souvient du bon vieux trieur

Avec les intercalaires écornées

Il se souvient du visage rieur

Ou plutôt diabolique de Luc

<< Rendez-vous dans mon bureaux dans cinq minutes ! >>

Même pas le temps de se préparer mentalement

 

5 secondes d’inspiration

Puis 5 secondes d’expiration

5 secondes d’inspiration…

Puis 5 minutes pour recevoir la lettre de licenciement

 

Si on m’avait dit que dormir au bureau

Etait une faute grave

De coucher sur le sofa de l’accueil

Au lieu de me cacher sous les ponts ;

De prendre ma douche au lavabo des sanitaires

Au lieu de recevoir l’orage de dehors ;

Si on m’avait dit que c’était une faute grave

Eh bien je l’aurais fait quand même

 

Aujourd’hui je rêve éveillé

Le papillon bleu et noir est majestueux

Mais il a l’aile droite croquée

Une facture impayée, et la descente aux enfers

 

Me voilà misérable

Alors pour me redonner du courage

Je tangue le long de la Seine

Dans les couloirs vides de Paris

Dans l’écho du vide

Et j’aligne les rails de coke-licots

 

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