Marché

Brouillon. Désordre ordonné. Pile branlante. Calme et volupté. Temps suspendu. Ça attendra bien. Le ciel ne nous tombera pas sur la tête.
– Un coiffeur, ça ? Guillotine qu’on l’appelait. Donc, une coiffeuse, oui pour sûr. Non, pas là, en haut de la rue près du square.
– Jamais été.
– Moi si, une fois : elle n’a pas voulu faire la coupe que je voulais, alors je suis ressortie et suis rentrée chez moi.
Des cageots plein la rue, une voiture recouverte de cageots. N’avait qu’à pas se garer là. Tout le monde se marrait.
– Des boutiques qui sont autant de boutiques que ce coiffeur est un coiffeur. Non, mais t’as vu sa dégaine ? On dirait qu’elle a été chez le coiffeur, ça oui peut-être, mais qu’elle est une coiffeuse, jamais de la vie.
– Bon, c’est bientôt fini ces ruminations d’arrière-boutique ? Il fait beau aujourd’hui, non ? Grand soleil.
– Oui, avec quelques nuages si je peux me permettre.
– Permets-toi.
– Disons de très beaux nuages pour ne pas te fâcher. Des nuages de soleil couchant, tous sur une ligne, celle du dernier rayon. Une ligne courbe comme celle des cageots empilés à l’entrée de la boutique du coiffeur, de la coiffeuse plutôt, qui n’en est pas une. Soleil couchant, gris, saumon, rouge sang. On se croirait au Japon.
– Et pourquoi donc ? Pourquoi on ne serait pas ici et maintenant ? Tu perds la tête.
– Parce que, parce que j’ai besoin de m’évader, de fuir ces cageots en attente de je ne sais quoi que je ne comprends pas. Ce ciel annonce du mauvais temps pour demain.
– Ah non, tu ne vas pas recommencer !

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