Le bouquet

Les fleurs sont soigneusement choisies par la main experte :

D’abord une rose fushia, puis une hortensia bien fournie

Rejoignent ensuite un camélia tous pétales déployés

Ainsi que les élégants bois d’eucalyptus fièrement dressés

 

Au milieu de bouquet, une marguerite trône timidement

Cette marguerite, c’était le refuge du petit bourdon à pois.

A peine la fleur au ventre doré soulevée, le bourdon panique :

Où est-il ? Qui le déloge aussi brutalement ?

Il se cramponne aux longs pétales blancs

Mais comme toutes les marguerites, les pétales se détachent d’une traite :

Tu m’aimes un peu, beaucoup, passionnément…

Le bourdon s’agace. Pourquoi ne peut-on pas le laisser tranquille ?

 

Il quitte sa marguerite d’accueil et veut se cramponner à la rose fushia

Pas de chance, les épines se dressent comme des lames acérées

Tu ne passeras pas !

Dame Camélia, resplendissante sous toutes ses couches de volants

Lui propose de sa voix sucrée de venir se poser sur elle

Pouah ! Sa robe meringue cocotte le parfum centenaire !

Impossible de tenir plus d’une minute si près d’elle

Le petit bourdon se réfugie sur une feuille d’eucalyptus

L’odeur mentholée le réconforte

Pourtant il n’a rien à tirer d’une vulgaire branche

 

Soudain, au bord de la crise de nerfs, il aperçoit un mouvement

C’est un puceron niché au creux de la rose fushia

Il lui tient ce langage, de sa voix fluette :

<< – Eh, du bourdon d’où vient ta robe à pois ?

– Cet accoutrement, vil puceron, est ce qui fait ma singularité

J’ai voulu m’affranchir de la cammpagne

Pour faire ma vie à Paris !

Les autres bourdons me trouvaient marginal

Et à force de me renseigner

J’ai appris que l’herbe est plus verte ailleurs

Alors je me suis caché dans un coeur de marguerite

J’ai attendu que ma monture soit cueillie, transportée en ville et déposée dans cette charmante boutique

Et depuis une semaine je profite d’un climat stable

Lumineux la journée, température de 21°C, arrosage régulier deux fois par jour

Et surtout une valse de clients forts distingués

Qui portent des vestes à pois, comme moi !

Je trouve enfin un environnement dans lequel je veux rester pour toujours

Et voilà qu’on m’ôte mon destin ! >>

 

Le puceron, résigné et un peu désolé, tourne la tête et retourne ronger sa tige.

 

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