Rouge, un peu nacré, moucheté de vert tendre. Elle s’était dit que ce serait élégant et qu’elle pourrait conserver un semblant d’incognito parmi cet étalage de nouveautés naissantes. Elle était probablement la plus ancienne et voulait garder un peu de mystère, ne pas tout dévoiler tout de suite, intriguer plutôt qu’être remarquée.
C’était louable et touchant car l’époque était davantage à la recherche de reconnaissance tapageuse et immédiate. Vulgaire, s’était elle dit. Ceux qui veulent me voir et me regarder devront d’abord me chercher ; l’effort participe à la joie de la découverte, n’est-ce pas ? Présomptueuse ? Non, juste discrète.
A côté d’elle, les couleurs éclataient, les tissus chatoyaient, des perles ruisselaient comme de fine gouttes de pluie. L’air était vibrant, les parfums entêtants, les rires cristallins ; tout un monde en pleine effervescence.
Ils avaient décidé qu’il n’y aurait ni discours, ni alcool. Elle soupirait un peu ; pas de champagne aux bulles dorées, juste de l’eau rafraichie aux herbes du jardin.
Elle aperçut soudain ses ennemis de toujours, ces êtres rampant, grimaçant, sombres et tristes, oiseaux de malheur et trouble-fêtes.
Elle qui s’était largement étalée au milieu d’un parterre accueillant, se laissa aspirer par le soleil du soir. Son rouge nacré devint flamboyant, les taches vertes miroitaient dans les rayons de lumière. Cette dame, c’est l’azalée du jardin.