Bruits de couloir

La cloche a sonné. La cloche qui détermine si tu es à l’heure, si tu es en retard. Quand tu ne l’entends plus, il est déjà trop tard, car il est rarement trop tôt.
Tu es parti les cheveux mouillés ce matin. Moi aussi. On arrive en retard, en même temps. Il fait tellement froid que tes cheveux se sont transformés en stalactites. Je t’en fais la remarque. Ça m’impressionne. Peut-être que tu m’impressionnes un peu aussi. On arrive enfin en cours, en même temps, en retard pourtant.
Tous les yeux sont rivés sur nous, des questionnements fusent dans chaque tête d’adolescent, même le prof : Ont-ils couché ensemble cette nuit ? Ils sont arrivés en même temps, c’est bizarre quand même. Ils n’habitent pas du tout du même côté. Ils viennent forcément du même endroit pour arriver en même temps.
Tu te colles au radiateur dans la rangée du fond. Tes cheveux commencent enfin à fondre. Ça fait du goutte-à-goutte sur le sol. Tu as ouvert ta trousse pour finalement taper une feuille et un stylo à ta voisine de devant. Tu l’aimes bien la petite Cécile, mais tu ne sais pas qu’elle aime les filles.
Tu essaies de rattraper le début du cours en copiant sur ton voisin. Mais lui non plus n’a rien écrit, il est à moitié endormi. Il s’est calé au fond pour qu’on le laisse tranquille finir sa nuit.
Tu abandonnes l’idée de suivre le cours un peu trop matinal. Ton regard sort par la fenêtre. Le ciel est blanc, tu imagines le vent danser dans ce manteau cotonneux. Tu attends que la cloche sonne pour être à l’heure au prochain cours. Au moins une fois dans la journée, ce sera ça ton défi.
A l’intercours, tu sors fumer une cigarette. La fumée qui sort de ta bouche se mêle à la buée que tu formes à cause du froid. Tu tentes des ronds, tu n’y arrives pas. Tes potes te demandent : Alors ? Et tu réponds : Alors quoi ?, incrédule.
– Ben alors, c’était comment ?
– C’était comment quoi ?
– Vas-y, raconte, tu l’as tringlée ou pas ?
– Ben ouais les gars, vous étiez bourrés ou quoi à la soirée de samedi ?
– On te parle pas de samedi, Casanova !
– Ben en tout cas samedi, j’ai été un demi-dieu. Comme d’hab’.
– Arrête de te la raconter, espèce de puceau !
– Sur la tête de ma mère, tu vas voir si je suis puceau.
– Comment tu te la racontes trop. Vas-y alors raconte. T’as fait quoi la nuit dernière ?
– Ben rien, j’ai dormi. C’est samedi que c’était top. On a échangé un baiser, avec la langue s’te plaît, j’ai déposé mon jean et mon caleçon sur la chaise, elle a fait pareil. Ça m’a amusé parce qu’elle a galéré avec son soutif mais bon, heureusement que c’est elle qui s’en est chargé, parce que c’est parfois super galère les soutifs.
On s’est embrassés encore, je l’ai caressée partout, partout. Ça s’est intensifié de ouf, nos corps se sont entremêlés.
Voilà, je vous laisse imaginer la suite, je suis un gentleman moi, je ne raconte pas les détails.
– Et du coup, pourquoi t’étais en retard ce matin ? T’es arrivé en même temps que…
– Hein ? Mais ça va pas la tête vous ? Vous avez pensé que j’avais fait un truc avec elle ?
– Ben ouais, c’est plausible…
– N’importe quoi ! Elle est cool, c’est vrai mais franchement, elle ne fait que feuilleter des bouquins. Pas certain qu’elle soit attirée par la chose.
La cloche sonne.

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire